LA
PRINCESSE DISPARUE
L'EMPEREUR ET LE ROI
L'INFIRME
LE ROI QUI DECRETA LA CONVERSION
LE PRINCE DE PIERRES PRECIEUSES
LE ROI HUMBLE
LA MOUCHE ET L'ARAIGNEE
HISTOIRE D'UN RAV ET DE SON FILS UNIQUE
L'HISTOIRE DE 'HACHAM ET DE TAM
LE MARCHAND ET LE PAUVRE
LE FILS DU ROI ET LE FILS DE LA SERVANTE QUI FURENT ECHANGES
LE BAAL TEFILAH
LES SEPT MENDIANTS
LA PRINCESSE DISPARUE
En chemin, j'ai raconté une histoire qui a provoqué chez tous ceux qui l'ont entendue une réflexion sur la Téchouvah.
Il était une fois
un roi qui avait six fils et une fille. Cette fille lui était très
chère, il l'aimait beaucoup et se trouvait souvent en sa compagnie. Un
jour qu'ils étaient ensemble, il se mit en colère contre elle
et ces mots s'échappèrent de sa bouche : " Que le 'Pas Bon'
t'emporte! "
Le soir venu, elle regagna sa chambre. Au matin, on ne la trouva pas. Son père
fut très triste et la chercha partout. Voyant cela, le Vice-Roi se présenta
devant le roi et demanda qu'on lui donnât un serviteur et un cheval, de
l'argent pour ses dépenses et il partit à la recherche de la princesse.
Il la chercha pendant très longtemps et finit par la retrouver.
Voici comment :
Il partit longtemps. Il
la chercha dans les déserts, les champs et les forêts. Alors qu'il
traversait un désert, il remarqua un chemin sur le côté
de sa route. Il se dit : " Je voyage depuis si longtemps et pourtant je
ne peux la retrouver. Je vais emprunter ce chemin et j'atteindrai peut-être
un endroit habité. "
Il suivit le chemin et arriva en vue d'un château. Autour du château,
qui était très beau, se tenaient des soldats bien rangés.
Il craignait que les soldats ne l'empêchent d'y pénétrer,
mais il se risqua à essayer. Il laissa son cheval, se dirigea vers le
château, et on le laissa entrer.
Il alla d'une pièce à l'autre et personne ne se mit en travers
de sa route. Il arriva à un palais où trônait un roi couronné.
Autour du roi se tenaient des soldats ainsi qu'un grand nombre de musiciens.
Tout était magnifique. Personne ne lui posa de questions, pas même
le roi. Apercevant des mets succulents, il en mangea puis partit s'allonger
dans un coin pour voir ce qui allait se passer.
Il entendit le roi ordonner que la reine vint ; ce qui fut fait. Lorsque la
reine arriva, des cris d'allégresse retentirent et les musiciens jouèrent
et chantèrent. On lui installa un siège et on la fit asseoir à
côté du roi. En la voyant, le Vice-Roi reconnut la princesse. Celle-ci
promena son regard sur la salle et remarqua quelqu'un allongé dans un
coin.
Elle le reconnut, se leva, se dirigea vers lui, le toucha et lui demanda :
- Me connais-tu ?
- Oui, je te connais. Tu es la princesse qui a disparu. Que fais-tu ici ?
- Je suis ici à cause des paroles qui ont échappé à
mon père. Et l'endroit du " Pas Bon ", c'est ici.
Il lui dit alors que son père était très triste et l'avait
cherchée durant de nombreuses années. Il lui demanda :
- Comment puis-je te faire sortir d'ici ?
- Tu ne pourras le faire que si tu choisis un endroit où rester pendant
un an et où tu devras te languir à cause de moi. Quand tu auras
le temps, aies de la nostalgie, espère et souhaite me sortir d'ici. Jeûne.
Le dernier jour de l'année, tu jeûneras aussi et tu ne dormiras
pas pendant vingt-quatre heures.
Il partit et fit ce qu'elle lui avait dit.
A la fin de l'année,
le dernier jour, il jeûna et ne dormit point. Il se leva et se rendit
chez la princesse pour la délivrer. Il aperçut un arbre sur lequel
poussaient des pommes magnifiques. Il en eut très envie et en mangea.
Dès qu'il eut mangé une pomme, il tomba et le sommeil s'empara
de lui. Il dormit très longtemps ; son serviteur essaya de le réveiller,
mais en vain.
Puis il s'arracha au sommeil et demanda au serviteur : " Où suis-je?
" L'autre lui raconta toute l'histoire : " Tu dors depuis longtemps,
depuis tant d'années. Quant à moi, j'ai vécu de fruits.
"
Il eut beaucoup de peine.
Il partit et trouva la princesse. Elle se plaignit beaucoup et fut très
triste : " A cause d'un jour, tu as perdu, parce que tu n'as pas su te
retenir et que tu as mangé la pomme. En effet, si tu étais venu
ce jour-là, tu m'aurais délivrée. Il est vrai que ne pas
manger est très difficile, en particulier le dernier jour, car c'est
à ce moment que le Yetser Hara (le mauvais penchant) est au comble de
sa force. C'est pourquoi tu dois à nouveau choisir un endroit et y rester
un an. Mais le dernier jour, tu pourras manger. Cependant, tu ne dormiras point,
et tu ne boiras pas de vin afin de ne pas t'endormir, car l'essentiel est le
sommeil. "
Il partit et obéit à ce qu'elle avait dit.
Le dernier jour, il repartit. Il vit une source qui coulait et dont la couleur
de l'eau était rouge. Il demanda à son serviteur : " As-tu
vu ? C'est une source, ce devrait être de l'eau mais sa couleur est rouge
et son odeur est celle du vin. " Il goûta un peu de la source. Aussitôt
il tomba et s'endormit pour longtemps, soixante-dix ans.
De nombreux soldats passèrent par là avec leurs chariots ; le
serviteur se cacha pour ne pas être vu. Puis vint un chariot où
se tenait la princesse. Elle s'arrêta près du Vice-Roi et descendit.
Elle s'assit à côté de lui, le reconnut et tenta de le réveiller,
mais en vain. Elle commença à le plaindre : " Après
tant d'efforts, tant de peine, après tant d'années pendant lesquelles
tu as souffert et souffert pour pouvoir me délivrer, voici qu'à
cause d'un jour où tu aurais pu me délivrer, tu as tout perdu.
" Elle pleura abondamment et reprit : " Quel dommage pour toi et pour
moi ! Je suis ici depuis si longtemps et ne puis sortir. " Puis elle prit
le foulard qui recouvrait sa tête, écrivit dessus avec ses larmes
et le posa à côté de lui. Elle se releva, remonta dans le
chariot et s'éloigna.
Plus tard, il se réveilla et demanda à son serviteur : "
Où suis-je donc? " L'autre lui raconta toute l'histoire. Tant de
soldats étaient passés, il y avait eu un chariot ; elle avait
pleuré sur son sort et s'était lamentée : " Quel dommage
pour toi et pour moi ! "
Pendant ce temps, le Vice-Roi regardait autour de lui et aperçut le foulard.
Il demanda au serviteur : " D'où vient ceci ? " L'autre répondit
: " Elle a écrit dessus avec ses larmes et l'a posé ici.
"
Il prit le foulard et le tint en face du soleil. Il distingua des lettres et
lut ce qui était inscrit, ses pleurs et ses lamentations. Il y était
écrit qu'elle n'habitait plus dans le même château et qu'il
devait à présent chercher un château de perles sur une montagne
d'or, " là tu me trouveras. " Laissant son serviteur, il partit
seul à sa recherche.
Il marcha et la chercha de nombreuses années. Etant expert en cartes,
il réfléchit au fait qu'un château de perles et une montagne
d'or ne se trouvaient certainement pas dans un endroit habité. "
J'irai donc chercher dans les déserts. " Et il partit à sa
recherche dans les déserts durant de nombreuses années.
Un jour, il vit un homme
très grand, d'une taille surhumaine, et qui portait un gros arbre. L'homme
demanda :
- Qui es-tu ?
- Je suis un homme, répondit-il.
- Cela fait longtemps que je vis dans le désert et je n'y ai jamais vu
d'hommes, s'étonna le géant.
Le Vice-Roi lui raconta toute son histoire et lui dit qu'il cherchait une montagne
d'or et un château de perles. L'autre lui répondit que cela n'existait
certainement pas et il le dissuada de chercher, ajoutant :
- On t'a sûrement raconté des sottises, car de telles choses n'existent
pas.
- Cela existe, c'est sûr, cela doit se trouver quelque part, répondit
le Vice-Roi en pleurant
L'homme sauvage le dissuada de chercher, disant :
- On t'a raconté des sottises !
- Cela existe sûrement quelque part, répondit le Vice-Roi.
- A mon avis, ce sont des sottises, mais puisque tu insistes, je vais t'accorder
une faveur. Je règne sur les bêtes sauvages et je vais les appeler.
Elles parcourent le monde entier et peut-être l'une d'elles connaît-elle
la montagne et le château.
Il convoqua toutes les bêtes sauvages, grandes et petites, et les interrogea.
Elles répondirent toutes qu'elles n'avaient jamais vu de telles choses.
Il lui dit :
- Tu vois bien qu'on t'a raconté des bêtises. Ecoute-moi, retourne-t-en
car tu ne trouveras certainement pas de telles choses qui n'existent nulle part.
Le Vice-Roi insista encore et encore :
- Cela existe certainement.
- J'ai un frère dans le désert qui règne sur tous les oiseaux.
Peut-être savent-ils, étant donné qu'ils volent haut dans
les airs. Peut-être ont-ils vu la montagne et le château. Va voir
mon frère et dis lui que c'est moi qui t'envoie.
Il se mit en route et après
de nombreuses années, il rencontra à nouveau un géant qui
portait lui aussi un arbre. Le géant lui posa la même question
que le premier. Il lui répondit, raconta toute son histoire et dit que
c'était son frère qui l'envoyait. L'autre essaya à son
tour de le dissuader de chercher, disant que de telles choses n'existaient pas.
Mais le Vice-Roi l'implora :
- Cela existe sûrement.
- Je règne sur tous les oiseaux. Je vais les appeler ; peut-être
savent-ils quelque chose.
Il les appela et les interrogea tous, petits et grands. Ils répondirent
à l'unanimité qu'ils ne savaient rien de la montagne et du château.
- Tu vois, cela n'existe nulle part. Ecoute-moi, retourne-t-en, car cela n'existe
pas.
Le Vice-Roi insista beaucoup et dit :
- Cela existe certainement quelque part !
- Plus loin dans le désert vit mon frère. Il règne sur
tous les vents qui parcourent le monde. Peut-être savent-ils, lui répondit
l'autre.
Il partit à sa recherche
pendant de nombreuses années. A nouveau il rencontra un géant
qui portait un gros arbre et l'interrogea. Il lui raconta toute l'histoire.
Ce géant, lui aussi, le dissuada de chercher mais le Vice-Roi l'implora.
Alors, l'autre lui dit qu'il lui accorderait une faveur. Il allait convoquer
tous les vents et les interroger. Il les appela et tous les vents arrivèrent.
Il les questionna tous. Aucun ne connaissait la montagne et le château.
Le géant dit au Vice-Roi :
- Tu vois qu'on t'a raconté des sottises.
- Je sais que cela existe, répondit le Vice-Roi en pleurant abondamment.
Cependant, un vent venait d'arriver. Le gouverneur des vents le gronda :
- Pourquoi es-tu en retard J'avais ordonné à tous les vents de
venir ! Pourquoi n'es-tu pas venu avec eux ?
- Je suis en retard parce que j'ai dû transporter une princesse vers un
château de perles sur une montagne d'or, répondit le vent.
Le Vice-Roi fut très content d'avoir mérité d'entendre
ce qu'il désirait entendre. Le gouverneur des vents demanda au vent :
- Qu'y a t il là-bas ?
- Des choses précieuses. Là-bas, tout est précieux, répondit-il.
Alors, le gouverneur des vents dit au Vice-Roi :
- Puisque cela fait si longtemps que tu la cherches, que tu as fait tant d'efforts
et que tu auras peut-être besoin d'argent, je vais te donner un vase ;
si tu y plonges la main, tu en retireras de l'argent.
Puis il donna l'ordre au vent de le conduire là-bas. Un vent de tempête
se leva et emporta le Vice-Roi jusqu'à la porte où se tenaient
des soldats. Ils ne voulurent pas le laisser entrer dans la ville. Il plongea
la main dans le vase et en sortit de l'argent. Il soudoya les gardes et entra
dans la ville. C'était une belle ville.
Il se rendit chez un homme riche et paya la pension car il devait y rester quelque
temps. En effet, il lui fallait toutes les ressources de son intelligence pour
délivrer la princesse.
Et le Rebbe (Rabbi Na'hman) ne nous a pas raconté comment il la délivra. A la fin, il la délivra. Amen. Sélah.
L'EMPEREUR ET LE ROI
Il était une fois
un empereur qui n'avait pas d'enfant, et un roi qui, lui non plus, n'avait pas
d'enfant. L'empereur décida de parcourir le monde, s'étant dit
qu'il trouverait peut-être quelque conseil ou quelque remède à
son problème. Quant au roi, il décida, lui aussi, de parcourir
le monde.
Le roi et l'empereur se rencontrèrent dans une auberge, mais ils ne se
connaissaient pas. Cependant, l'empereur reconnut le roi d'après ses
manières royales. Il l'interrogea et le roi lui avoua effectivement son
identité. Lui aussi avait remarqué les manières royales
de son interlocuteur et l'empereur confirma son impression. Ils se racontèrent
le but de leur voyage. Ils convinrent que si à leur retour leurs épouses
avaient, qui une fille, qui un garçon, ils marieraient les enfants l'un
à l'autre.
L'empereur rentra chez lui et eut une fille ; le roi rentra chez lui et eut
un garçon. Mais l'arrangement fut oublié. L'empereur envoya sa
fille étudier, et le roi envoya son fils étudier. Les deux enfants
arrivèrent chez un précepteur et tombèrent amoureux l'un
de l'autre. D'un commun accord, ils décidèrent de se marier. Le
prince prit une bague, la passa au doigt de la princesse et ils s'unirent. Plus
tard, l'empereur envoya chercher sa fille et la fit ramener chez lui. Le roi
envoya chercher son fils qu'il fit ramener chez lui.
On fit un arrangement de mariage pour la fille de l'impératrice, mais
celle-ci n'en voulut point, à cause de son lien avec le prince. Quant
à lui, il éprouvait beaucoup de nostalgie pour elle. La princesse
était toujours triste. L'empereur lui fit visiter sa cour, ses palais,
lui montra sa magnificence mais la princesse demeurait toujours aussi triste.
Quant au prince, il éprouvait une si profonde nostalgie pour elle qu'il
finit par en tomber malade.
Lorsqu'on lui demandait : " Pourquoi es-tu malade ? " il ne voulait
pas répondre. On dit à son serviteur : " Peut-être
réussiras-tu à le faire parler " ? Le serviteur répondit
: " Je sais ". Il avait accompagné le prince chez le précepteur
et savait de quoi il souffrait. Il leur dévoila l'histoire. Le roi se
souvint alors de l'arrangement qu'il avait conclu bien longtemps auparavant
avec l'empereur. Il demanda par écrit à l'empereur d'organiser
les préparatifs du mariage, car le pacte avait été conclu
depuis longtemps. Mais l'empereur ne voulait plus de cet arrangement. Cependant,
comme il ne souhaitait pas froisser le roi, il lui envoya une lettre dans laquelle
il lui demandait de lui envoyer son fils, afin de voir s'il était capable
de diriger les affaires d'un pays.
Le roi envoya son fils chez
l'empereur qui l'installa dans une chambre. Il lui fournit des documents relatifs
aux affaires de l'état afin de tester ses capacités à diriger
le pays. Le prince se languissait de voir la princesse, mais il lui était
impossible de la rencontrer. Un jour, tandis qu'il se promenait le long d'un
mur de miroirs, il aperçut la princesse et s'évanouit. Elle se
rendit auprès de lui, lui redonna courage et lui déclara qu'elle
ne voulait pas d'autre parti que lui à cause du lien qui les unissait.
Il lui dit alors : " Que faire ? Ton père n'est pas d'accord ".
Elle lui répondit que, quoiqu'il en fût, elle resterait quand même
avec lui. Et ils décidèrent de partir sur les mers. Ils achetèrent
un navire et partirent loin sur les mers.
Ils voguèrent, puis voulurent accoster. Ils arrivèrent en vue
d'un rivage où se dressait une forêt. Ils débarquèrent
et pénétrèrent dans la forêt. La princesse enleva
sa bague qu'elle donna au prince et s'étendit pour dormir. Lorsque le
prince vit qu'elle allait se réveiller, il posa le bijou près
d'elle. Puis ils revinrent au navire. Alors, la princesse se souvint qu'ils
avaient oublié la bague dans la forêt et envoya le prince la récupérer.
Il partit mais ne put retrouver l'endroit. Il avança plus loin mais ne
trouva pas la bague. Il chercha d'un endroit à l'autre et finit par se
perdre, sans pouvoir retourner au rivage. La princesse partit à sa recherche
et se perdit. Quant au prince, il avait continué à errer et avait
aperçu un chemin. Il l'emprunta et arriva dans un village. N'ayant rien
à faire, il devint serviteur.
La princesse erra puis décida de s'installer au bord de la mer. Elle
revint au rivage. Des arbres fruitiers y poussaient. Elle s'installa. Dans la
journée, elle parcourait le rivage, espérant trouver quelqu'un.
Elle vivait de fruits ; la nuit, elle grimpait dans un arbre pour se protéger
des bêtes sauvages.
Il était une fois
un marchand très important qui faisait du commerce dans le monde entier.
Il avait un fils unique. Le marchand était déjà vieux.
Un jour, son fils lui dit :
- Etant donné que tu es vieux et que je suis encore jeune, que tes gens
de confiance ne font pas attention à moi, que va-t-il se passer ? Si
tu meurs et que je reste seul, je ne saurai pas quoi faire. Donne-moi donc un
navire et des marchandises. Je partirai sur les mers pour devenir habile au
commerce.
Son père lui ayant fourni un navire et des marchandises, il visita plusieurs
pays, vendit ses marchandises, en acheta d'autres et réussit. Alors qu'il
était en mer, il aperçut les arbres où habitait la princesse.
L'équipage pensait que l'endroit était habité et voulut
y accoster. En s'approchant, ils s'aperçurent qu'il ne s'agissait que
d'arbres et voulurent faire demi-tour. Mais le fils du marchand regarda dans
la mer et vit un arbre au sommet duquel était assise une forme humaine.
Il se dit qu'il se trompait peut-être et en parla à ses hommes.
Ils regardèrent et virent aussi une forme humaine dans l'arbre. Ils décidèrent
de s'approcher. Ils envoyèrent l'un d'entre eux dans une barque et gardèrent
les yeux fixés sur l'eau afin que le messager puisse arriver jusqu'à
l'arbre. Le messager arriva près de celui-ci et vit qu'un homme y habitait.
Il en informa ses camarades. Le fils du marchand se rendit près de l'arbre
et vit la princesse. Il lui dit de descendre. Elle lui répondit qu'elle
ne viendrait pas à bord de son navire tant qu'il ne lui ferait pas la
promesse de ne pas la toucher jusqu'à ce qu'il fût rentré
chez lui et qu'ils fussent mariés. Il promit et la princesse monta à
bord du navire. Le fils du marchand remarqua qu'elle était musicienne
et qu'elle connaissait plusieurs langues. Il se réjouit beaucoup de l'avoir
rencontrée.
Alors qu'ils approchaient de chez lui, elle lui indiqua la marche à suivre.
Il devait rentrer chez lui, informer son père, sa famille et ses amis
qu'une dame noble l'accompagnait, et leur dire de venir tous à sa rencontre.
Alors, il saurait qui elle était. (Elle avait auparavant posé
la condition suivante : il ne devait pas chercher à connaître son
identité ; il la saurait après leur mariage). Il consentit à
tout cela.
Elle lui dit encore :
- Tu dois aussi donner à boire à tous les matelots du navire et
leur faire savoir que leur patron se marie avec une grande dame.
Il lui obéit. Il prit du meilleur vin qu'il avait à bord et en
donna aux matelots, qui s'enivrèrent.
Le fils du marchand rentra chez lui pour informer son père et ses amis.
Les matelots, enivrés, descendirent à terre et s'écroulèrent
d'ivresse.
Pendant ce temps, la famille du marchand s'apprêtait à venir accueillir
la princesse. Mais celle-ci largua les amarres, déploya les voiles et
partit à bord du navire. La famille se rendit à l'endroit où
le navire devait être amarré, mais ne le trouva pas. Le marchand
fut très en colère contre son fils. Ce dernier s'écria
: " Crois-moi, j'ai rapporté un navire et des marchandises ! "
Mais sa famille ne vit rien. Il dit : " Demandez aux matelots ! "
Le père partit les interroger. Ils étaient couchés à
terre, ivres. Finalement, ils se relevèrent et on les interrogea. Ils
ne comprenaient pas ce qui se passait. Tout ce qu'ils savaient, c'était
qu'on avait rapporté un navire plein de marchandises. Mais ils ignoraient
où il était. Le marchand fut très en colère et chassa
son fils de chez lui, le bannit de sa vue. Le fils partit et erra. Quant à
la princesse, elle était partie en mer.
Il était une fois
un roi qui s'était fait construire des palais sur la mer, car il aimait
l'air marin. Des navires passaient au large de ses résidences. La princesse
qui parcourait les mers passa près du palais royal. Le roi regarda et
vit un navire voguant sans direction et sans personne à son bord. Il
pensa qu'il se trompait. Il ordonna à ses gens de regarder et ils virent
la même chose que lui.
La princesse, qui s'était approchée du palais, pensa : "
Qu'ai-je à faire d'un palais ? " et manuvra pour repartir.
Alors, le roi la vit et envoya ses gens pour la ramener chez lui. Puis il la
fit entrer.
Le roi n'avait pas de femme car il n'arrivait pas à choisir. En effet,
celle qu'il désirait ne voulait pas de lui, et inversement. Lorsque la
princesse entra chez lui, elle lui demanda de jurer qu'il ne la toucherait pas
avant qu'ils ne furent mariés selon la loi. Il jura. Puis elle lui dit
qu'il ne devait ni ouvrir, ni toucher à son navire, lequel devait rester
en mer jusqu'au mariage, afin que chacun sût qu'elle avait apporté
des marchandises et ne dise pas que le roi avait pris une femme de la rue. Il
le lui promit.
Le roi envoya des lettres d'invitation à son mariage dans tous les pays.
Puis il fit construire des palais pour la princesse qui ordonna qu'on lui trouvât
onze filles de princes en guise de suivantes. Le roi donna un ordre et on lui
envoya onze filles de princes et ministres de haut rang. On leur fit bâtir
onze palais privés ; la princesse avait aussi le sien. Les dames de compagnie
rendaient visite à la princesse, faisaient de la musique et jouaient
avec elle.
Un jour, elle leur dit qu'elle désirait partir en mer avec elles. Elle
partirent sur le navire et jouèrent. La princesse ajouta qu'elle souhaitait
leur offrir du vin qui se trouvait à bord et leur en donna. Elles s'enivrèrent,
tombèrent et restèrent allongées. Alors, la princesse défit
les amarres, déploya les voiles et le navire prit la mer.
Le roi et ses gens s'aperçurent que le navire de la princesse n'était
plus là, et en furent très effrayés. (Le roi ne savait
pas que la princesse s'était enfuie. Il la croyait dans son palais).
Le roi dit à ses gens : " Veillez à ne pas lui annoncer la
nouvelle brutalement, car cela l'attristerait beaucoup ". Il craignait
que la princesse pensât qu'il eût lui-même fait partir le
navire. Il donna l'ordre d'envoyer une des dames de compagnie annoncer la nouvelle
à la princesse avec tact. On se rendit dans l'une des chambres et on
ne trouva personne. Il en fut de même dans la suivante : personne. On
ne trouva âme qui vive dans les onze chambres. Le roi et ses gens décidèrent
d'attendre la nuit et d'envoyer une vieille femme annoncer la nouvelle à
la princesse. On se rendit dans sa chambre où on ne trouva personne non
plus. Le roi et ses gens eurent très peur.
Entre-temps, les pères des dames de compagnie avaient remarqué
qu'ils ne recevaient pas de nouvelles de leurs filles. Ils envoyaient des lettres
qui restaient sans réponses. Ils se rendirent chez leurs filles et ne
trouvèrent aucune d'entre elles. Ils furent très en colère.
Comme ils étaient ministres du royaume, ils voulurent bannir le roi.
Mais ils se dirent : " En quoi le roi est-il coupable et mérite-t-il
une telle punition ? Il n'est pas vraiment fautif. " On décida cependant
de le faire abdiquer et de le chasser. Il fut renversé du trône
et chassé. Le roi partit.
La princesse s'était
donc enfuie sur son navire. Les dames de compagnie finirent par se réveiller
et recommencèrent à jouer avec elle. Elles ignoraient que le navire
était déjà loin de la côte. Elles dirent à
la princesse : " Rentrons à la maison ! " Elle leur répondit
: " Restons ici encore un peu ! "
Puis un vent de tempête se leva. Elles répétèrent
: " Rentrons à la maison ! " Elle leur avoua que le navire
était déjà très loin de la côte. Elles lui
demandèrent : " Pourquoi as-tu fait cela ? " Elle leur répondit
qu'elle avait craint que le navire ne se brisât à cause de la tempête
et qu'elle avait agi ainsi pour cette raison.
La princesse et ses dames de compagnie continuèrent donc leur voyage
en mer tout en jouant de la musique. Elles passèrent au large d'un palais.
Les dames de compagnie dirent à 1a princesse : " Allons vers ce
palais. " Elle leur répondit qu'elle ne le voulait pas car elle
regrettait déjà de s'être approchée de celui du roi.
Plus tard, elles aperçurent une chose qui ressemblait à une île.
Elles s'y rendirent et rencontrèrent douze voleurs qui voulurent les
tuer. La princesse leur demanda : " Quel est le plus important d'entre
vous ? " Ils le lui indiquèrent. Elle dit au voleur : " Que
faites-vous ? " Il lui répondit qu'ils étaient voleurs. Elle
dit alors : " Nous aussi nous sommes des voleurs, mais tandis que vous,
vous volez grâce à votre force, nous, nous volons grâce à
notre sagesse, car nous connaissons les langues et la musique. A quoi bon nous
tuer ? Prenez-nous plutôt pour femmes et vous posséderez en plus
de grandes richesses ". Et elle leur montra ce qu'elle avait à bord
du navire lequel appartenait au fils du marchand qui possédait de nombreux
biens. Les voleurs écoutèrent ses paroles. Ils lui montrèrent
leurs richesses et firent visiter l'île à la princesse et à
ses suivantes. Puis tous décidèrent d'un commun accord de ne pas
s'épouser en même temps, mais l'un après l'autre. Chacun
choisirait la dame qui lui convenait selon son rang.
La princesse leur dit qu'elle leur ferait l'honneur de leur donner du bon vin
qu'elle avait à bord de son navire. Elle ajouta n'avoir jamais ouvert
ce vin et qu'il était resté caché jusqu'à ce que
Dieu lui envoie un compagnon selon son mérite.
Elle leur versa du vin dans douze gobelets et dit : " Que chacun boive
à la santé de tous ! " Ils burent, s'enivrèrent et
s'écroulèrent. Elle appela ses dames de compagnie et leur dit
: " A présent, que chacune aille tuer son homme ! " Et elles
les tuèrent tous.
Sur l'île, elles trouvèrent de grandes richesses telles qu'aucun
roi n'en a jamais possédées. Elles décidèrent de
ne prendre ni le cuivre, ni l'argent mais uniquement l'or et les pierres précieuses.
Elles jetèrent par dessus bord tout ce qui n'avait pas grande valeur
et chargèrent le navire d'objets rares, d'or et de pierres précieuses
trouvés sur l'île. Elles décidèrent de ne plus porter
de vêtements féminins, et se cousirent des habits d'homme selon
la mode allemande. Puis, elles repartirent avec le navire.
Il était une fois
un roi qui avait un fils unique. Il l'avait marié et lui avait donné
son royaume. Un jour, le prince annonça à son père qu'il
partait se promener en mer avec sa femme, car il souhaitait l'habituer à
l'air marin au cas où il leur serait un jour nécessaire de s'enfuir
par mer. Le prince monta à bord d'un navire avec sa femme et les grands
du royaume, et ils partirent. Ils étaient joyeux et s'amusaient. Tous
décidèrent d'enlever leurs vêtements si bien qu'il ne leur
resta plus que leurs sous-vêtements. Puis ils essayèrent de voir
qui serait capable de grimper jusqu'en haut du mât. Le prince aussi grimpa.
Entre-temps, la princesse qui était à bord de son navire aperçût
celui du prince. Elle eut d'abord peur de s'approcher. Elle s'en approcha quand
même un peu, et voyant qu'on s'y amusait beaucoup, elle comprit que ce
n'était pas un navire pirate. Elle fit approcher son navire un peu plus
et dit à son entourage : " Je suis capable de faire tomber ce chauve
dans la mer " (c'est-à-dire le prince qui avait grimpé en
haut du mât et qui était chauve). Les dames de compagnie lui demandèrent
: " Comment est-ce possible ? Ils sont si loin de nous ! " Elle leur
dit alors qu'elle possédait une lentille capable de faire brûler
et grâce à laquelle elle ferait tomber le prince dans la mer. Elle
décida d'attendre que le prince eût atteint le haut du mât
pour le faire tomber, car tant qu'il était à mi-chemin, s'il tombait,
ce serait sur le pont ; mais s'il tombait depuis la pointe, ce serait dans la
mer. Elle attendit donc qu'il fût arrivé en haut, saisit la lentille
et la dirigea vers le cerveau du prince jusqu'à le brûler. Le prince
tomba dans la mer. Alors la panique s'empara du navire. Personne ne savait quoi
faire. Comment rentrer ? Le roi mourrait de chagrin. On décida d'aller
à la rencontre du navire de la princesse que l'on apercevait. Il s'y
trouverait peut-être un médecin susceptible de leur donner quelque
conseil. Ils s'approchèrent et dirent aux hommes présents sur
le navire de la princesse de ne pas avoir peur, car ils ne leur feraient aucun
mal. Ils leur demandèrent : " Peut-être avez-vous à
bord un médecin qui puisse nous conseiller ? " Et ils racontèrent
toute l'histoire, à savoir que le prince était tombé dans
la mer. La princesse leur dit d'aller le repêcher. Ils partirent, retrouvèrent
le prince et le sortirent de l'eau. La princesse prit le pouls du prince et
déclara que le cerveau du prince avait été brûlé.
On découpa son crâne et on constata qu'elle avait dit juste. Les
gens du prince furent effrayés ; c'était en effet pour eux une
grande merveille que le médecin (la princesse) eût deviné
juste. Ils l'implorèrent de venir chez eux en leur compagnie. Elle serait
le médecin du vieux roi qui la chérirait beaucoup. Elle refusa,
disant qu'elle ne pratiquait pas la médecine, et qu'elle savait uniquement
quelques petites choses. Mais les gens du prince ne voulaient pas retourner
chez eux.
Les deux navires voguèrent de concert. Les grands du royaume auraient
aimé que leur reine (la femme du prince) épousât le médecin
car ils avaient compris que celui-ci était très savant (ils pensaient
que la princesse était médecin à cause des vêtements
masculins qu'elle portait). C'est pourquoi ils désiraient que la reine
l'épousât et que ce dernier fût leur roi. Quant au vieux
roi, le père du prince, ils le tueraient. Mais ils avaient honte de proposer
à la reine d'épouser le médecin. La reine aussi souhaitait
vivement l'épouser ; cependant elle craignait qu'on ne voulût pas
de lui pour roi dans son pays.
On décida donc de donner un banquet, de telle sorte qu'après avoir
bu, lorsque tous seraient très joyeux, on puisse en discuter. On organisa
une fête pour tout le monde. Comme on donnait ce banquet en l'honneur
du médecin (la princesse), il leur offrit de son vin et tous s'enivrèrent.
Au beau milieu des réjouissances, les ministres du royaume s'écrièrent
qu'il serait merveilleux que la reine épousât le médecin.
Celui-ci s'écria aussi que ce serait en effet merveilleux, mais qu'il
fallait en parler à jeun. La reine dit à son tour combien elle
serait ravie de l'épouser, mais que le pays devait approuver ce projet.
Le médecin répéta que ce serait fabuleux, à condition
de ne pas en discuter tout en buvant. Puis, sortis de leur état d'ébriété,
les ministres se souvinrent de leurs paroles et ils eurent honte d'avoir ainsi
parlé devant la reine. La reine elle-même eut honte d'avoir parlé
du projet devant les ministres. Mais elle se dit que eux aussi l'avaient évoqué.
Alors, on se mit à discuter, puis on prit une décision. La reine
se fiança au médecin (la princesse que l'on prenait pour tel)
et ils rentrèrent dans leur pays.
Les habitants du pays furent très contents de les voir revenir car le
prince était parti en mer depuis longtemps déjà et on ignorait
où il était. Entre-temps, le vieux roi était mort. Lorsque
le navire accosta, les habitants du pays virent que le prince, qui était
leur roi, ne se trouvait pas à bord. Ils demandèrent : "
Où est notre roi ? " Les autres leur racontèrent les faits
: le prince était mort depuis longtemps et ils s'étaient choisi
un nouveau monarque lequel les accompagnait. (il s'agissait du médecin,
c'est-à-dire la princesse). Les habitants du pays se réjouirent
beaucoup d'avoir un nouveau roi.
Celui-ci (la princesse) fit proclamer dans toutes les provinces du royaume que
toute personne, étranger ou réfugié sans exception, assiste
à son mariage où il recevrait de beaux cadeaux. En outre, le roi
fit ériger des fontaines partout dans la ville, afin que quiconque ait
soif, ne fût pas obligé d'aller ailleurs pour boire, mais trouvât
une fontaine à proximité. Et le roi (la princesse) fit accrocher
son portrait au-dessus de chacune d'elles et fit poster des gardiens pour les
surveiller. Quiconque venait regarder attentivement son portrait et faisait
la grimace, devait être arrêté et emprisonné. Les
ordres du roi furent exécutés.
Ils arrivèrent tous les trois : le premier prince, époux légitime
de la princesse ; le fils du marchand qui avait été exilé
à cause de la princesse qui s'était échappée, et
le roi, chassé à cause de la princesse qui s'était enfuie
avec les onze dames de compagnie. Tous reconnurent son portrait ; ils le regardèrent
attentivement, se souvinrent et devinrent très tristes. On les arrêta
et les jeta en prison.
Le jour du mariage, le roi
(la princesse) ordonna de faire comparaître les prisonniers devant lui.
On les amena tous les trois et elle les reconnut, mais eux ne la reconnurent
pas, car elle était habillée en homme. Elle prit la parole et
dit : " Toi, le roi, tu as été chassé à cause
des onze suivantes disparues. Prends-les et retourne dans ton royaume. Et toi
le marchand, ton père t'a renvoyé de chez lui à cause du
navire et des marchandises disparues. Reprends ton navire et tes marchandises.
Comme ton argent a été immobilisé longtemps, ton navire
contient plus de richesses à présent car elles se sont multipliées
(il avait en plus le butin des voleurs). Quant à toi, prince, viens et
rentrons chez nous ! "
Et ils rentrèrent chez eux. Amen et amen.
L'INFIRME
Avant de mourir, un sage
convoqua ses enfants et sa famille. Sa dernière volonté était
qu'ils arrosent des arbres : " Vous pouvez aussi vous occuper d'autres
choses, mais veillez à toujours arroser des arbres. " Il mourut,
laissant des enfants, dont un fils qui ne pouvait pas marcher. Il pouvait se
tenir debout mais ne pouvait pas marcher. Ses frères lui donnaient ce
qui lui était nécessaire pour vivre. Ils lui donnaient tant, qu'il
lui restait toujours quelque chose et, à force d'économiser petit
à petit sur ces dons, il se retrouva avec une somme rondelette.
Il prit la résolution suivante : " Pourquoi être entretenu
par eux ? Mieux vaut entreprendre de faire du commerce. " Bien qu'il fut
infirme, il louerait un chariot, engagerait un homme de confiance et un cocher
avec qui il se rendrait à Leipzig où il pourrait faire du commerce,
malgré son infirmité.
Les siens furent très contents de sa décision et dirent : "
Pourquoi lui donnerions-nous un pécule ? Mieux vaut qu'il gagne lui-même
sa vie. " Ils lui prêtèrent de l'argent pour son entreprise.
Il loua donc un chariot, engagea un homme de confiance et un cocher, puis se
mit en route.
Il arriva à une auberge et son homme de confiance lui dit : " Passons
la nuit ici ! " Il refusa de lui être agréable et, après
maintes discussions, ils repartirent et s'égarèrent dans une forêt.
Surgirent des brigands devenus ce qu'ils étaient par la force des choses
: pendant une famine, un homme entra dans la ville, proclamant que quiconque
voulait manger vienne le voir. Nombreux furent ceux qui accoururent. Il renvoya
ceux qui ne lui seraient d'aucune aide. Puis, il disait à l'un : "
Tu peux être artisan. " A l'autre, il disait : " Tu peux travailler
dans un moulin. " Il choisit les jeunes gens les plus malins, les emmena
dans la forêt et les persuada de devenir brigands, car " ici passent
les routes de Leipzig et de Breslau (Wroclaw), et d'autres encore. Les marchands
empruntent ces routes ;nous les dépouillerons, et nous aurons ainsi de
l'argent. " (C'est ainsi que le brigand qui avait fait la proclamation
en ville, les persuada.)
Les brigands attaquèrent donc celui qui ne pouvait pas marcher, ainsi
que ses employés, l'homme de confiance et le cocher. Ces derniers pouvaient
s'enfuir et s'échappèrent. L'infirme resta seul dans le chariot.
Les brigands se dirigèrent vers lui, s'emparèrent du coffre qui
contenait son argent, et demandèrent à l'infirme : " Pourquoi
restes-tu assis ? " Il répondit qu'il ne pouvait pas marcher. Ils
lui dérobèrent son coffre et ses chevaux. Il resta dans le chariot.
L'homme de confiance et le cocher qui s'étaient enfuis se dirent que,
étant donné que des nobles leur avaient remis des lettres de change,
ils risquaient fort de se retrouver en prison s'ils rentraient chez eux. Mieux
valait rester là où ils étaient, et louer leurs services
à quelqu'un d'autre.
L'infirme était resté dans le chariot où il disposait des
provisions qu'il avait emportées. Il les mangea et lorsqu'elles furent
épuisées, il ne lui resta plus rien pour se nourrir. Que faire
? Il se jeta hors du chariot pour pouvoir manger de l'herbe. Il passa la nuit
seul dans le pré et eut si peur, que ses forces le quittèrent
au point de ne plus pouvoir se tenir debout. Il ne pouvait que ramper. Il mangea
toute l'herbe qui poussait autour de lui. Tant qu'il pouvait atteindre l'herbe
et manger, il mangeait. Lorsque l'herbe eut disparu alentour et que sa main
ne rencontra plus rien, il rampa plus loin et mangea à nouveau. Il se
nourrit ainsi d'herbe pendant un certain temps.
Une fois, il remarqua une plante dont il n'avait jamais vu la pareille. Il avait
mangé des herbes tout le temps et les connaissait toutes, mais cette
plante lui plut beaucoup car il n'en avait jamais vu d'identique. Il décida
de l'arracher, elle et ses racines. Ce faisant, il trouva un diamant sous les
racines. Celui-ci était cubique et chacune de ses facettes possédait
une vertu particulière. Sur l'une des facettes, il était écrit
que celui qui tiendrait cette facette serait transporté à l'endroit
où le jour et la nuit se rejoignent, c'est-à-dire au point de
rencontre du soleil et de la lune. En arrachant la plante et ses racines, l'infirme
avait saisi la facette dont la vertu était de pouvoir le transporter
là où le jour et la nuit se rejoignent. Il y fut transporté,
comme il put s'en rendre compte en regardant autour de lui. Il entendit le soleil
et la lune bavarder.
Le soleil se plaignait auprès de la lune de ce qu'il existât un arbre doté de nombreuses branches, de beaucoup de feuilles et de beaucoup de fruits. Chaque fruit, chaque feuille, chaque branche possédait une vertu particulière. Telle feuille était un remède pour enfanter, telle autre pour avoir de quoi vivre, telle autre encore était un remède contre certaine maladie, et telle autre guérissait d'une autre maladie. La moindre partie de l'arbre avait une vertu particulière. Celui-ci devait être arrosé. Il serait d'un grand secours s'il était arrosé. " Et moi, non seulement je ne l'arrose pas, mais je darde mes rayons sur lui et je le dessèche ! "
La lune répondit au soleil : " Tes soucis ne sont rien du tout. Je vais te faire part des miens. Je possède mille montagnes. Autour de ces mille montagnes, il y a encore mille autres montagnes. Et là se trouvent les démons qui ont des pattes de poulet. Comme ils n'ont aucune force dans leurs pattes, ils puisent la force qui se trouve dans mes pieds. Et à cause de cela, je n'ai plus de force dans les pieds. J'ai une poudre remède pour mes pieds. Le vent surgit et l'emporte. "
Le soleil dit : " Ce sont là tes soucis ? Je vais te donner un remède. Il existe une route d'où partent de nombreuses autres routes. L'une d'elles est la route des Tsadikim (Justes). Le Tsadik (Juste) qui l'emprunte voit la poussière de cette route répandue sous ses pas. A chaque pas qu'il fait, il foule cette poussière. Il y a aussi une route des hérétiques. L'hérétique qui avance sur cette route, voit la poussière qui est répandue sous ses pas, etc. Il y a la route des fous ; le fou qui l'emprunte voit la poussière qui est répandue sous ses pas, et ainsi de suite. Il y a de cette manière de nombreuses routes. Par exemple, celle où des Tsadikim prennent sur eux de nombreuses souffrances et sont conduits enchaînés par des seigneurs. Ces Tsadikim n'ont pas de forces dans les pieds. On répand la poussière de cette route sous leurs pas et leurs pieds reprennent des forces. Va donc là-bas. Il y a beaucoup de poussière et tes pieds en seront guéris. "
L'infirme avait entendu
toute la conversation entre le soleil et la lune. Il examina une autre facette
du diamant et y lut que quiconque se saisirait de cette facette serait transporté
sur la route d'où partaient de nombreuses autres routes, celle-là
même dont le soleil avait dévoilé l'existence à la
lune. Il saisit la facette et se retrouva sur cette route.
Il posa les pieds sur cette route dont la poussière était un remède
pour les pieds, et fut aussitôt guéri. Il marcha et ramassa de
la poussière de toutes les routes. Il enferma un peu de chacune d'elles
séparément dans des sachets. Il mit de la poussière de
la route des Tsadikim dans un sachet et fit de même avec toutes les autres
poussières. Puis il décida de retourner dans la forêt où
il avait été dépouillé, en emportant les sachets.
Une fois arrivé, il choisit un arbre proche du chemin emprunté
par les brigands pour commettre leurs méfaits.
Il saisit de la poussière pour Tsadikim, la mélangea à
de la poussière pour fous, puis répandit le mélange sur
le chemin. Ensuite, il grimpa dans l'arbre et s'y installa pour voir ce qui
allait se passer. Il vit arriver les voleurs envoyés par le vieux brigand
dont nous avons parlé plus haut. Aussitôt sur le chemin, ils marchèrent
sur la poudre qui y était répandue et ils devinrent des Tsadikim.
Ils se mirent à pleurer à cause des jours et des années
passés à dépouiller et à assassiner tant d'êtres
humains. Cependant, comme la poussière pour Tsadikim était mélangée
à de la poussière pour fous, ils devinrent des Tsadikim fous.
Ils commencèrent à se quereller. L'un disait à l'autre
: " C'est toi qui nous a poussés à tuer ! " L'autre
répondait : " C'est toi ! " Ils continuèrent à
se disputer ainsi et finirent par s'entre-tuer. Puis, le vieux envoya d'autres
brigands et il se produisit la même chose qu'avec les premiers. Le manège
se répéta jusqu'à ce que tous les brigands se soient entre-tués.
L'infirme, installé dans l'arbre, comprit qu'il ne restait plus qu'un
seul brigand avec le vieux qui les avait persuadés de le suivre. Il descendit
de son arbre, ramassa la poussière du chemin et la remplaça uniquement
par de la poussière pour Tsadikim. Puis, il regrimpa dans l'arbre.
Le vieux s'étonna beaucoup qu'aucun des hommes qu'il avait envoyés
ne soit revenu. Il décida d'aller voir ce qui se passait accompagné
du seul homme qui lui restait. Dès qu'il eut posé le pied sur
le chemin recouvert de poussière pour Tsadikim, il devint un Tsadik et
se mit à pleurer sur l'épaule de son compagnon à cause
des années et des jours passés à tuer et à dépouiller
tant d'êtres humains. Il creusa des tombes, fit téchouvah et fut
pris de remords. Voyant qu'il faisait téchouvah, l'infirme descendit
de son arbre. Apercevant un homme, le brigand se lamenta à grand bruit
:
- Malheur à moi ! J'ai commis tel et tel crime. Par pitié, dis-moi
quelle pénitence je dois faire !
- Rends-moi le coffre que toi et tes hommes m'avez volé.
En effet, les brigands tenaient un registre de chaque vol commis, sa date et
le nom de la victime.
- Je vais te le rendre immédiatement. Je te fais même cadeau de
tous les trésors que nous avons volés. Dis-moi seulement quelle
pénitence je dois faire.
- Voici quelle sera ta pénitence : tu devras aller en ville crier et
avouer : " C'est moi qui ai fait la proclamation et j'ai commis de nombreux
crimes. J'ai tué et j'ai dépouillé beaucoup d'hommes. "
Voilà ta pénitence.
Le brigand donna tous les trésors à l'infirme et se rendit en
ville avec lui. Il fit tout ce que l'autre lui avait ordonné. En ville,
il fut jugé. Comme il avait tué un grand nombre de personnes,
il fut condamné à la pendaison à titre d'exemple afin que
d'autres en tirent une leçon. Quant à l'infirme, il décida
d'aller jusqu'aux deux mille montagnes voir ce qui s'y passait.
Il s'arrêta à
quelque distance des deux mille montagnes. Il aperçut des myriades et
des myriades de familles de démons. En effet, les démons croissent
et se multiplient, ont des enfants tout comme les hommes, et sont très
nombreux. Il aperçut leur souverain assis sur un trône. Aucun homme
" né d'une femme " (Shabbat 88b) ne s'était jamais assis
sur un tel trône. L'infirme vit les démons qui se moquaient. L'un
d'eux racontait comment il avait mutilé un enfant ; un autre comment
il avait coupé une main ; un troisième comment il avait coupé
un pied, et autres sortes de farces.
L'infirme aperçut ensuite un père et une mère en larmes.
On leur demanda : " Pourquoi pleurez-vous ? " Ils répondirent
qu'ils avaient un fils qui avait l'habitude de partir quelque part et de revenir
au bout d'un certain temps. Mais aujourd'hui, après un grand laps de
temps, il n'était toujours pas rentré. Le père et la mère
furent amenés devant le roi qui ordonna d'envoyer des émissaires
dans le monde entier à la recherche du fils.
En revenant de chez le roi, les parents du démon rencontrèrent
quelqu'un qui était parti avec leur fils, et qui leur demanda : "
Pourquoi pleurez-vous ? " Ils lui racontèrent l'histoire. Il leur
répondit : " Je vais vous raconter une histoire :
Nous avions une île sur la mer, qui était notre endroit. Le roi
à qui l'île appartenait arriva et voulut y construire des palais.
Il avait déjà posé les fondations et votre fils me proposa
d'aller lui causer du tort. Nous partîmes donc pour dépouiller
le roi de sa force. Il fit alors venir des docteurs, mais ceux-ci ne réussirent
pas à l'aider. Il consulta des sorciers. L'un d'eux connaissait la famille
de votre fils, mais pas la mienne ; par conséquent il ne pouvait pas
me faire de mal. Cependant, il connaissait la famille de mon compagnon, il s'empara
de lui et le tortura. "
Le démon qui avait
raconté tout cela répéta son histoire devant le roi des
démons. Ce dernier déclara :
- Rendons au roi de l'île sa force.
Le démon dit alors :
- L'un d'entre nous n'avait pas de force et nous lui avons donné celle
du roi de l'île.
- Reprenons-lui cette force et rendons-la au roi de l'île, ajouta le roi
des démons.
On dit alors au roi des démons que le démon à qui on avait
donné la force du roi de l'île était devenu un nuage. Le
roi des démons donna l'ordre de convoquer ce nuage et de l'amener. On
envoya un messager à la recherche du nuage.
Alors, l'infirme qui avait assisté à toute la scène, se
dit : " En route ! Allons voir comment ces gens deviennent des nuages.
" Il suivit le messager et arriva dans la ville où vivait le nuage.
Il demanda aux habitants :
- Pourquoi y a t il un nuage au-dessus de la ville ?
- En fait, il n'y a jamais eu de nuage au-dessus de la ville. Ce n'est que depuis
quelque temps qu'un tel nuage recouvre la ville, répondirent les habitants.
Le messager arriva, appela le nuage et ils repartirent ensemble. L'infirme décida
de les suivre pour entendre leur conversation. Il entendit le messager demander
:
- Comment se fait-il que tu sois devenu un nuage ?
L'autre lui répondit :
- Je vais te raconter une histoire :
Il était une fois,
dans un pays, un sage. L'empereur du pays vivait dans une grande hérésie
et y entraîna tout le pays. Le sage convoqua tous les gens de sa famille
et leur dit : " Vous voyez que l'empereur est un grand hérétique
et qu'il a rendu tout le pays à son image, ainsi qu'une partie de notre
famille. Par conséquent, partons dans le désert afin de conserver
notre foi en Dieu Béni-Soit-Il. " Tout le monde fut d'accord. Le
sage prononça un nom divin qui les transporta dans un désert.
Celui-ci ne plut pas au sage, alors, il prononça un autre nom divin.
Ils furent transportés dans un second désert qui lui non ne convint
pas au sage. Il prononça un troisième nom qui les transporta dans
un autre désert lequel fut au goût du sage ; il se trouvait à
proximité des deux mille montagnes. Le sage entreprit de tracer un cercle
autour de lui et de sa famille, afin que nul ne pût s'approcher d'eux.
Il existe un arbre. Si cet arbre était arrosé, il ne resterait
plus rien de nous autres, démons. C'est pourquoi certains d'entre nous
creusent continuellement, jour et nuit près de l'arbre, afin que l'eau
ne parvienne pas jusqu'à lui. "
Le messager demanda au nuage :
- Pourquoi faut-il être présent là-bas jour et nuit, et
creuser ? Il serait suffisant de creuser une seule fois pour empêcher
l'eau d'arriver !
- Parmi nous, il y a des Bavards, répondit le nuage. Ces Bavards vont
provoquer la guerre entre un roi et un autre. Les guerres éclatent et
ont pour résultat de faire trembler la terre. La terre qui est autour
des tranchées s'effondre, et l'eau peut arriver jusqu'à l'arbre.
C'est pourquoi il faut être présent là-bas et creuser en
permanence.
Lorsque nous nous choisissons un roi, nous faisons les bouffons et nous nous
réjouissons. L'un d'entre nous raconte d'un ton moqueur comment il a
brutalisé un enfant et comment la mère se lamente. Un autre nous
fait part de quelque farce. Il y a ainsi toutes sortes de plaisanteries. Lorsque
notre roi est réjoui, il va se promener avec les princes du royaume et
tente de déraciner l'arbre. En effet, si cet arbre n'existait plus, ce
serait tout à notre avantage. Le roi fortifie son cur afin de pouvoir
le déraciner. Mais lorsqu'il arrive près de lui, l'arbre pousse
un grand cri. Alors, l'effroi s'empare du roi et l'oblige à rebrousser
chemin.
Un jour, nous eûmes un nouveau roi devant lequel nous nous conduisîmes
comme des bouffons. Il en fut fort réjoui et son cur en fut tout
revigoré. Il voulut déraciner l'arbre et partit se promener avec
les princes. Le cur rempli de force, il courut afin de déraciner
l'arbre. Lorsqu'il arriva à ses côtés, l'arbre fit entendre
un grand cri. Le roi prit peur, recula, et entra dans une grande colère.
Il regarda autour de lui et aperçut des gens installés là.
(C'était le sage et sa famille.) Il envoya ses gens s'occuper d'eux.
(C'est-à-dire les tuer, comme c'est l'habitude des démons). En
les voyant, la famille du sage eut très peur. Alors que les démons
approchaient, l'ancien (le sage) dit à sa famille : " Ne craint
rien ! " Cependant, le cercle qui entourait le sage et sa famille empêcha
les démons d'avancer. Le roi des démons envoya d'autres hommes,
mais ces derniers non plus ne purent s'approcher. Le roi en conçut une
grande colère et s'avança en personne ; en vain. Alors, il demanda
au sage de le laisser entrer. Le vieillard lui répondit : " Puisque
tu me supplies, je vais te laisser entrer. Mais comme il n'est pas convenable
qu'un roi aille seul, je te laisserai entrer accompagné de quelqu'un
d'autre. " Il créa une ouverture dans le cercle ; ils entrèrent,
et le sage referma le cercle.
Le roi demanda au vieillard :
- Comment se fait-il que vous soyez installés sur mon territoire ?
- Pourquoi est-ce ton territoire ? C'est le mien !, répondit le sage.
- Tu n'as pas peur de moi ? demanda le roi.
- Non.
- Tu n'as pas peur ?
Puis le roi se mit à grandir démesurément jusqu'au ciel
et voulut avaler le vieillard.
- Je n'ai toujours pas peur de toi. Mais si je le désire, alors toi tu
auras peur de moi.
Et il partit réciter quelques prières.
De gros nuages se formèrent et le tonnerre retentit. La foudre tua tous
les princes qui accompagnaient le roi. Le roi resta seul avec son compagnon
qui étaient entré avec lui dans le cercle. Le roi supplia le vieillard
de faire cesser le tonnerre ; le tonnerre cessa. Le roi dit alors au vieillard
:
- Puisque tu appartiens à cette sorte d'hommes, je vais t'offrir un livre
où sont répertoriées toutes les familles de démons.
Il y a des Maîtres des Noms qui ne connaissent qu'une famille, et encore,
ils ne savent pas tout sur elle. Mais dans le livre que je vais te donner sont
répertoriées toutes les familles. Et ceci pour le bénéfice
du roi. Même ceux qui naissent sont répertoriés pour lui.
Le roi envoya son compagnon chercher le livre. (Il se trouve que le sage avait
eu raison de faire entrer le roi avec quelqu'un d'autre, car sinon, qui le roi
aurait-il envoyé ?) L'autre rapporta le livre. Il l'ouvrit et vit qu'il
renfermait la liste de myriades de leurs familles. Le roi assura au vieillard
que les démons ne tueraient jamais un des siens. Puis il ordonna de faire
apporter les portraits de tous les membres de la famille du vieillard. Et s'il
y avait une naissance, on devait aussitôt apporter le portrait du nouveau-né,
afin que personne appartenant à la famille du vieillard ne fût
tué.
Plus tard, lorsque arriva la fin de ses jours en ce monde, le vieillard convoqua
ses enfants et leur transmit ses dernières volontés en ces termes
: " Je vous confie le livre. Vous savez que j'ai le pouvoir de l'utiliser
avec sainteté. Cependant, je ne l'ai jamais utilisé, car j'ai
confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Vous non plus, ne l'utilisez pas. Même
si l'un d'entre vous peut l'utiliser avec sainteté, qu'il n'en fasse
rien. Qu'il ait seulement confiance en Dieu Béni-Soit-Il. " Puis
il mourut.
Le livre se transmit par héritage et arriva dans les mains du petit-fils
du sage. Ce dernier avait le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Mais
il plaça sa confiance en Dieu Béni-Soit-Il et n'utilisa pas le
livre, conformément à la volonté du sage.
Les Bavards, qui existaient parmi les démons, essayèrent d'influencer
le petit-fils du vieillard : " Etant donné que tes filles sont déjà
grandes, et que tu n'as pas les moyens de les nourrir ni de les marier, utilise
le livre ". Il ignora que les démons essayaient de l'influencer.
Il pensait que c'était son cur qui lui parlait ainsi. Il se rendit
sur la tombe de son grand-père et dit : " Ta dernière volonté
fut que l'on ne fît aucun usage du livre et que l'on eût seulement
confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Aujourd'hui, mon cur me pousse
à l'utiliser. " Son grand-père (qui était mort) lui
répondit : " Bien que tu puisses te servir du livre avec sainteté.
mieux vaut avoir confiance en Dieu Béni-Soit-Il et ne pas se servir de
l'ouvrage. Dieu Béni-Soit-Il t'aidera. " Il obéit.
Un jour, le roi du pays où vivait le petit-fils du vieillard tomba malade.
Il consulta des docteurs qui ne surent le guérir. A cause de la grande
chaleur qui régnait dans le pays, les remèdes n'avaient aucun
effet. Le roi décréta que les Juifs prient pour lui. Notre roi
déclara : " Puisque le petit-fils a le pouvoir de se servir du livre
avec sainteté et qu'il n'en fait rien, accordons lui quelque faveur.
" Le roi m'ordonna de devenir un nuage dans le pays du roi malade, afin
qu'il guérisse grâce aux médicaments qu'il avait déjà
pris et à ceux qu'il prendrait encore. Quant au petit-fils du sage, il
ne sut rien de tout cela. Et c'est ainsi que je suis devenu un nuage.
Tout cela fut raconté
au messager par le nuage. L'infirme, qui les avait suivis, avait tout entendu.
Le nuage fut amené devant le roi qui ordonna de lui reprendre sa force
et de la rendre au roi de l'île qui en avait été dépouillé
pour avoir construit sur le territoire des démons. On lui rendit donc
sa force. Et le fils, dont le père et la mère pleuraient sur le
sort, revint. Il était tout affaibli, sans forces, car il avait été
torturé. Il était très en colère à cause
du sorcier qui l'avait tant fait souffrir. Il demanda à ses enfants et
à sa famille de se tenir constamment à l'affût du sorcier.
Les Bavards partirent avertir le sorcier qu'on le recherchait et qu'il devait
se protéger. Le sorcier inventa des stratagèmes et fit appel à
d'autres sorciers connaissant de nombreuses familles de démons, afin
d'être protégé. Le fils, ainsi que sa famille, furent très
en colère contre les Bavards qui avaient dévoilé le secret
au sorcier.
Un jour, des membres de la famille du fils et des Bavards prirent ensemble leur tour de garde auprès du roi. La famille du fils calomnia les Bavards. Le roi fit tuer ces derniers. Ceux qui restaient furent très en colère et provoquèrent une guerre entre tous les rois. La famine, la maladie. la désolation et les épidémies s'abattirent sur les démons. De grandes guerres éclatèrent entre tous les souverains. La terre trembla, s'effondra et l'arbre fut entièrement arrosé. Il ne resta plus rien des démons, comme s'ils n'avaient jamais existé. Amen.
Heureux l'homme qui ne suit point les conseils des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne prend point place dans la société des railleurs (....) Il sera comme un arbre planté auprès des cours d'eaux (...) (Téhilim Psaumes n°1). Toute cette histoire fait allusion à ce Psaume. Celui qui a des yeux verra et celui qui a un cur comprendra ce qui se passe dans le monde.
LE ROI QUI DECRETA LA
CONVERSION
Il était une fois un roi qui décréta dans son pays que
tout le monde se convertît sous peine de déportation. Celui qui
voulait rester dans le pays devait se convertir, sinon il était expulsé.
Certains se défirent de leurs biens et de leurs richesses, et, pauvres,
ils quittèrent le pays afin de conserver leur foi et de rester Juifs.
D'autres aimaient leurs richesses et restèrent. Ils devinrent des Marranes.
Ils suivaient en cachette les usages des Juifs mais n'avaient pas le droit de
se conduire comme des Juifs en public.
Puis, le roi mourut. Son fils accéda au trône et entreprit de mener
le pays d'une main de fer. Il conquit de nombreux pays. C'était un sage.
Comme il était très strict à l'égard des princes
du royaume, ceux-ci se conjurèrent et décidèrent de l'assassiner,
lui et tous ses enfants. Parmi les princes se trouvait un Marrane. Il se dit
: " Pourquoi suis-je un Marrane ? Parce que j'aimais mes biens et mes richesses.
Si on tue le roi, le pays restera sans souverain et les gens se dévoreront
vivants, car un pays ne peut rester sans roi. " II décida de tout
raconter au roi, à l'insu des princes. Il se rendit devant lui et lui
annonça qu'on complotait contre lui.
Le roi tenta de savoir si tout cela était vrai et découvrit qu'il
en était bien ainsi. Il fit poster des sentinelles et lorsque les conjurés
l'attaquèrent, ils furent tous capturés. On les jugea et les condamna
tous.
Puis le roi dit au prince qui était un Marrane :
- Quel honneur vais-je t'accorder pour avoir sauvé ma vie et celle de
mes enfants ? Vais-je faire de toi un seigneur ? Tu en es déjà
un. Te donnerai-je de l'argent ? Tu en possèdes déjà. Dis-moi
ce que tu désires et je te l'accorderai.
- Feras-tu ce que je dirai ?
- Oui, tu peux en être sûr, je ferai ce que tu veux.
- Prête-moi serment sur ta couronne et sur ton royaume.
Le roi prêta serment. Alors, le Marrane déclara :
- Voici ce que je désire : je veux pouvoir être Juif ouvertement.
Je veux pouvoir mettre le talith et les Téfilin librement.
Le roi en fut très troublé, car aucun Juif n'était toléré
dans son royaume. Cependant, il n'avait pas le choix à cause du serment
selon lequel il ferait tout ce que l'autre désirait.
Le lendemain matin, le Marrane mit talith et Téfilin en public.
Plus tard, lorsque le roi
mourut, son fils lui succéda. Il gouvernait le pays avec bonté
car il avait vu que l'on avait voulu tuer son père. Il conquit de nombreux
pays et c'était un sage. Un jour, il convoqua tous les astrologues afin
qu'ils lui disent ce qui provoquerait l'extinction de sa dynastie, et afin qu'il
puisse s'en protéger. Les astrologues lui dirent que sa dynastie ne s'éteindrait
pas, à condition qu'il prît garde au buf et à l'agneau.
On consigna cela dans le Livre des Chroniques. Ensuite, le roi enjoignit à
ses enfants de mener le pays avec bonté, en suivant son exemple. Puis
il mourut.
Son fils lui succéda et dirigea le pays d'une main de fer comme l'avait fait son grand-père. Il conquit de nombreux pays. Il imagina un stratagème et fit appliquer la résolution suivante : on ne devait trouver dans le pays ni buf ni agneau, afin que sa dynastie ne disparût pas. Et il se dit qu'à présent il ne craignait plus rien. Il continua à diriger le pays avec force, et comme il était très rusé, il conçut un plan pour s'emparer du monde sans faire la guerre.
Il y a sept régions
dans le monde, car le monde est divisé en sept parties. Et il y a sept
planètes, c'est-à-dire sept étoiles qui correspondent aux
sept jours de la semaine. Chaque planète illumine l'une des sept parties
du monde. Il y a aussi sept sortes de métaux (l'or, l'argent, le cuivre,
l'étain, etc.). Chacune des sept planètes brille sur un métal
particulier.
Le roi prit les sept métaux et ordonna que lui soient apportés
tous les portraits en or de tous les rois. Ces portraits étaient accrochés
dans les palais des rois.
Avec tout cela, il fabriqua un homme : sa tête était en or, son
tronc en argent, et ses autres membres étaient faits avec les autres
différents métaux. L'homme était constitué de l'ensemble
des sept métaux.
Le roi fit installer cet homme au sommet d'une haute montagne. Les sept planètes
l'illuminaient. Si quelqu'un cherchait un conseil pour mener ses affaires à
bien ou pour toute autre raison, et ne savait que faire, il n'avait qu'à
se mettre contre le membre fait du métal correspondant à la région
du monde dont il venait. Il devait garder présent à l'esprit ce
qui le préoccupait ; et il savait ainsi s'il devait ou non faire ce dont
il avait besoin. Si la réponse était affirmative, le membre s'allumait
et brillait ; si elle était négative, le membre restait terne.
Tout cela avait été réalisé par le roi qui conquit
ainsi le monde entier et amassa beaucoup d'argent.
Cependant, l'homme qu'il avait fabriqué à partir des sept métaux
n'avait de pouvoirs qu'à une seule condition : le roi devait rabaisser
les puissants et élever les humbles.
Le roi convoqua tous ses généraux et ministres, tous ceux qui
avaient charges et privilèges. Tous obéirent. Il les disgracia
et leur retira tous leurs droits. Il fit de même avec ceux qui avaient
mérité leur rang au service de son grand-père. Parmi eux
se trouvait le Marrane. Le roi lui demanda : " Quel est ton privilège
?" Il répondit : " Mon seul privilège est de pouvoir
être Juif ouvertement grâce au service que j'ai rendu à ton
grand-père ". Le roi le lui retira et le prince redevint un Marrane.
Il arriva qu'une nuit le
roi rêva dans son sommeil. Il vit un ciel clair et les douze constellations.
(Les étoiles sont réparties en douze ensembles correspondant aux
douze mois de l'année. Une constellation ressemble à un agneau,
c'est le mois de Nissan. La constellation correspondant à Iyar est appelée
buf ; chaque mois a ainsi sa constellation). Parmi les constellations,
le roi vit celle du buf et de l'agneau se moquer de lui. Il se réveilla
en colère et eut très peur. Il fit apporter le Livre des Chroniques
où tout est consigné. Il lut ce qui y était écrit
: sa dynastie disparaîtrait à cause d'un buf et d'un agneau.
Il fut terrifié et raconta tout à la reine. La reine et ses enfants
furent saisis d'épouvante. Le cur du roi battait très fort.
Il convoqua tous les interprètes de songes. Chacun donna son interprétation,
mais aucune ne retint son attention et il eut très peur.
Alors, un sage se présenta devant lui et lui dit qu'il tenait une tradition
de son père d'après laquelle le soleil avait trois cent soixante
cinq trajectoires. D'autre part, il existait un endroit illuminé par
les trois cent soixante cinq trajectoires du soleil. A cet endroit poussait
un sceptre de fer. L'homme qui avait peur, n'avait qu'à s'approcher de
ce sceptre pour être délivré de ses craintes.
Voilà ce que le sage raconta au roi. Ce dernier fut ravi et se mit en
route vers cet endroit, accompagné de sa femme, de ses enfants et des
gens qui étaient de son sang, ainsi que du sage.
Au milieu du chemin se tient
l'ange tutélaire de la colère ; en effet, à cause de la
colère, un ange destructeur et corrupteur est créé. Il
règne sur toutes les forces destructrices. C'est à cet ange qu'il
faut demander sa route car il existe un chemin qui convient aux hommes, un autre
chemin couvert de chaux, un autre plein de fossés, et un dernier chemin
enflammé ; le feu dévore quiconque s'approche dans un rayon de
quatre milles.
Le roi et sa suite demandèrent à l'ange quel chemin prendre. Il
leur indiqua le chemin de feu. Ils s'avancèrent. Le sage regardait continuellement
devant lui pour apercevoir le feu. En effet, il tenait de son père une
tradition selon laquelle le feu se trouvait à cet endroit. Il finit par
l'apercevoir et vit que des rois et des Juifs avec Talith et Téfilin
y pénétraient. Le sage dit au roi : " Je tiens de mon père
une tradition selon laquelle on est consumé à une distance de
quatre milles du feu. C'est pourquoi je n'irai pas plus avant. Si tu le désires,
avance ". Le roi pensa qu'ayant vu des rois pénétrer dans
le feu, il pouvait en faire autant. Le sage s'écria à nouveau
: " Je tiens une tradition de mon père et je n'irai pas plus loin
! Toi vas-y, si tu veux ". Le roi et les siens entrèrent dans le
feu ; il s'empara d'eux et ils périrent, consumés.
Lorsque le sage revint chez lui, les ministres s'étonnèrent que
le roi et les siens eussent péri. Le roi s'était pourtant gardé
d'un buf et d'un agneau; comment se faisait-il que sa souche ait péri
avec lui ?
Alors, le Marrane parla : " C'est grâce à moi que le roi a
péri. Les astrologues ont vu que le roi et sa dynastie disparaîtraient
à cause d'un buf et d'un agneau, mais ils n'ont pas compris ce
qu'ils ont vu. En effet, avec la peau du buf on fait les Téfilin,
et avec la toison d'un agneau on fabrique les Tsitsit du talith. C'est à
cause d'eux que le roi et les siens sont morts. Ainsi, les rois ont pu pénétrer
dans le feu sans être consumés grâce aux Juifs portant librement
talith et Téfilin dans leurs pays,. Par contre, le roi qui n'a pas autorisé
les Juifs portant talith et Téfilin à résider dans son
pays, a péri à cause de cela même avec les siens. C'est
de lui que les constellations du buf et de l'agneau se sont moquées.
Les astrologues ont vu que la dynastie du roi disparaîtrait à cause
d'un buf et d'un agneau mais ils n'ont pas compris le sens de leur vision.
Ainsi, le roi a péri avec les siens, Amen, et ' Ainsi périront
tous tes ennemis, Seigneur ' (Juges 5:31) ".
Téhilim Psaume n°2 : " Pourquoi se démènent les peuples ? Tu les briseras avec un sceptre de fer " : c'est le spectre de fer ; " Brisons leurs liens, rejetons loin de nous leurs chaînes " : ce sont les Tsitsit et les Téfilin. Toute l'histoire fait allusion à ce Psaume. Heureux celui qui connaîtra un peu ce qu'il y a dans ces histoires, qui renferment de grands secrets de la Torah.
LE PRINCE DE PIERRES PRECIEUSES
Il était une fois
un roi qui n'avait pas d'enfant. Il consulta plusieurs docteurs, car il ne voulait
pas que son royaume tombe entre des mains étrangères. Mais les
docteurs ne lui furent d'aucun secours. Alors il décréta que les
Juifs prient pour lui, afin qu'il ait des enfants.
Les Juifs cherchèrent un Tsadik (un Juste) susceptible de prier et de
faire en sorte que le roi ait une descendance. Ils cherchèrent et trouvèrent
un Tsadik caché. Ils lui demandèrent de prier pour que le roi
procrée. Le Tsadik leur répondit qu'il ne savait pas. Les Juifs
en informèrent le roi. Ce dernier convoqua alors le Tsadik lequel fut
amené devant le roi. Celui-ci commença par lui parler gentiment
et lui dit : " Tu sais que les Juifs sont en mon pouvoir. Je peux faire
d'eux ce que bon me semble. Par conséquent, je te demande de prier pour
que j'aie des enfants ". Le Tsadik lui assura qu'il aurait un enfant cette
année-là, et rentra chez lui.
La reine mit au monde une fille d'une grande beauté. A l'âge de
quatre ans, elle connaissait toutes les sciences, savait parler toutes les langues
et était musicienne. Les rois de tous les pays venaient la voir, ce qui
réjouissait fort le roi.
Quelque temps plus tard,
le roi désira un fils, car il ne voulait pas que son royaume revînt
à un étranger. Il décréta encore une fois que les
Juifs prient pour qu'il en fut ainsi. Les Juifs partirent à la recherche
du premier Tsadik, mais ne le trouvèrent pas car il était mort.
Ils cherchèrent encore et trouvèrent un autre Tsadik caché.
Ils lui demandèrent de faire en sorte que le roi ait un fils. Il leur
répondit qu'il ne pouvait pas. Les Juifs en informèrent le roi.
Alors celui-ci dit au Tsadik :
- Tu sais que les Juifs sont en mon pouvoir,. et il lui tint le même discours
qu'au premier Tsadik.
- Feras-tu ce que je t'ordonnerai ?, demanda le sage (le Tsadik).
- Oui.
- J'ai besoin que tu fasses apporter toutes sortes de pierres précieuses,
car chaque pierre a une vertu particulière.
(Les rois possèdent un livre où sont répertoriées
toutes les pierres précieuses).
- Je dépenserais la moitié de mon royaume pour avoir un fils,
répondit le roi.
Puis il fit apporter toutes sortes de pierres précieuses. Le sage les
prit et les réduisit en poudre. Ensuite, ayant pris un gobelet rempli
de vin, il mélangea la poudre de pierres au vin. Enfin, il fit boire
au roi la moitié du gobelet et l'autre moitié à la reine.
Le sage déclara au couple royal que grâce aux pierres précieuses
il leur naîtrait un fils qui posséderait toutes les vertus des
pierres précieuses. Puis il rentra chez lui.
La reine donna le jour à un fils et le roi en fut très content. Mais le fils n'était pas fait de pierres précieuses. A quatre ans, il affichait une très grande beauté et était versé dans toutes les sciences. Il connaissait toutes les langues et des rois venaient le voir. La princesse s'aperçut que son importance diminuait aux yeux des autres et conçut de la jalousie à l'égard du prince. Sa seule et unique consolation était que, contrairement à ce que le Tsadik avait déclaré, le fils n'était pas de pierres précieuses.
Un jour le prince se fit
une entaille au doigt en coupant du bois. La princesse accourut pour le panser
et vit une pierre précieuse dans le doigt du prince. Elle fut très
jalouse et se fit passer pour malade. De nombreux docteurs vinrent la voir,
mais furent incapables de la guérir. On fit alors venir des sorciers.
Elle dévoila la vérité à l'un d'entre eux : elle
avait fait semblant d'être malade à cause de son frère.
Puis elle demanda au sorcier s'il était possible d'ensorceler un homme
de telle sorte qu'il eût la lèpre. L'autre répondit que
oui. Elle dit alors : " Mais peut-être pourra-t-il trouver un sorcier
pour annuler le charme et guérir, non ? " Le sorcier répondit
alors que si on jetait le charme dans l'eau, il ne pouvait pas être annulé.
Elle suivit ses directives et se débarrassa du charme. Le prince devint
lépreux. La lèpre recouvrait son nez, son visage et le reste de
son corps. Le roi consulta des docteurs et des sorciers. Ils furent tous impuissants.
Alors, le roi ordonna aux Juifs de prier. Ceux-ci cherchèrent le Tsadik
qui avait prié pour que le roi ait un fils et l'amenèrent devant
le roi.
Le Tsadik avait l'habitude de prier continuellement Dieu Béni-Soit-Il
car il avait dit au roi que son fils serait entièrement de pierres précieuses,
et cela ne s'était pas réalisé. C'est pourquoi le Tsadik
se plaignait auprès du Tout-Puissant et disait : " Ai-je fait tout
cela pour ma gloire ? Non, c'est pour Ta seule gloire que je l'ai fait. Et aujourd'hui,
ce que j'ai décrété ne s'est pas réalisé.
"
Le Tsadik se rendit donc auprès du roi. Il pria pour la guérison
du prince, mais en vain. Puis on lui fit savoir qu'il s'agissait d'un cas de
sorcellerie. Or, le Tsadik était plus puissant que tous les sorciers.
Arrivé près du roi, il lui dit que le cas relevait de sorcellerie
; et puisque que le charme avait été jeté dans l'eau, le
seul moyen de guérir le prince était de jeter le sorcier responsable
dans l'eau. Le roi dit : " Je livre entre tes mains tous les sorciers.
Qu'on les jette à l'eau, pourvu que mon fils guérisse ! "
La princesse prit peur et se précipita vers l'eau pour en retirer le
charme ; elle savait en effet où il se trouvait. Et elle tomba dans l'eau.
Une clameur s'éleva : " La princesse est tombée à
l'eau ! " Alors, le Tsadik arriva et déclara que le prince allait
guérir.
Et le prince guérit effectivement. La lèpre sécha et tomba.
Il pela et devint tout de pierres précieuses et en eut toutes les vertus.
(Sa peau étant tombée, on put voir qu'il était entièrement
fait de pierres précieuses comme le Tsadik l'avait prédit).
LE ROI HUMBLE
Il était une fois
un roi qui avait un sage à son service. Un jour, il convoqua le sage
et lui dit : " Il y a un roi qui se dit très vaillant, homme de
vérité et d'humilité (c'est-à-dire un homme honnête
et qui ne se vante pas). C'est un héros, je le sais car son pays est
entouré par la mer. Sur cette mer voguent des navires armés de
canons. Des armées sont embarquées sur ces navires et ne laissent
approcher personne. A quelque distance de la mer, sur le continent, on trouve
un grand marécage qui entoure le pays et qui est traversé par
un petit sentier ou un homme seulement peut passer. Là aussi se trouvent
des canons. Si quelqu'un vient déclarer la guerre, on fait tirer le canon.
Personne ne peut s'approcher. Mais je ne sais pas pourquoi il se dit homme de
vérité et d'humilité. Je veux que tu m'apportes le portrait
de ce roi. "
Le roi possédait en effet les portraits de tous les autres rois. Par
contre, aucun roi ne possédait le portrait du roi humble, car ce dernier
restait caché aux regards des hommes. Il trônait derrière
un rideau, loin de ses sujets.
Le sage se mit en route pour le pays de ce roi et se dit qu'il lui fallait connaître la nature du pays, savoir comment il était gouverné. Comment connaître la nature du pays ? Grâce aux plaisanteries propres à celui-ci. Lorsqu'on veut connaître une chose, il faut connaître les plaisanteries qui s'y rapportent. En effet, il y a de nombreuses sortes de plaisanteries. Par exemple, lorsqu'on blesse quelqu'un par des paroles et lorsque l'autre s'en rend compte, on lui dit alors : " Je plaisantais ". Ainsi qu'il est dit dans le verset (Prov. 26:18-19) : "Comme un dément qui lance des brandons et des flèches meurtrières, ainsi fait l'homme qui dupe son prochain et dit : " Mais je plaisantais. " Par ailleurs, quelqu'un qui veut vraiment plaisanter, peut néanmoins blesser l'autre par ses paroles. Il existe ainsi plusieurs sortes de plaisanteries.
Parmi tous les pays, il
s'en trouve un qui inclut tous les autres pays, qui est le principe et la règle
qui les régissent tous. Dans ce pays, se trouve une ville qui inclut
toutes les villes du pays. Dans cette ville, on trouve une maison qui inclut
toutes les maisons de la ville. Dans cette maison-là vit un homme qui
inclut toute la maison ... Et il y a un individu qui fait toutes les farces
et toutes les plaisanteries du pays tout entier.
Le sage se rendit dans le pays du roi humble en emportant beaucoup d'argent.
Il remarqua qu'on s'y raillait et qu'on y plaisantait beaucoup. Grâce
aux plaisanteries, il comprit que le pays était plein de mensonge. Il
vit comment on se moquait des gens, comment on les dupait en affaires. Lorsqu'un
procès avait lieu au tribunal, tout n'était que mensonge et corruption.
Il se rendit auprès d'une cour supérieure, et là aussi,
le mensonge triomphait. On s'y raillait et on y plaisantait à propos
de tout. Le sage comprit par ces plaisanteries que le pays était rempli
de mensonge et de roublardise, et que la vérité y était
absente.
Il entreprit de faire du commerce dans ce pays, et se laissa duper. Il fit un
procès devant les tribunaux où régnaient le mensonge et
la corruption. Aujourd'hui il graissait des pattes ; le lendemain, on ne le
connaissait pas. Il se présenta devant une instance supérieure
; là aussi on ne trouvait que le mensonge. Il finit par se rendre au
sénat ; là encore, mensonge et corruption. Alors, il se présenta
devant le roi
Lorsqu'il fut en sa présence, il lui parla ainsi : " Sur qui règnes-tu
? Tes sujets, petits et grands, ne connaissent que le mensonge. La vérité
est absente ". Il lui décrit la duplicité qui se manifestait
dans le pays.
L'entendant parler, le roi humble inclina son oreille vers le rideau, afin de
saisir ces paroles. Il s'étonna beaucoup qu'il se trouvât un homme
qui connût toute la duplicité du pays. Quant aux ministres, ils
entendirent le discours du sage et en conçurent une grande colère.
Le sage, lui, continuait à dénoncer l'hypocrisie du pays.
Il disait : " On pourrait même dire que le roi est à l'image
de ses sujets et que lui aussi aime le mensonge. Cependant, c'est tout le contraire
; on voit bien que tu es un homme droit, et que tu es loin de tes sujets, car
tu ne peux tolérer le mensonge qui règne chez toi ".
Et il se mit à chanter les louanges du roi. Etant donné que le
roi était très humble et que " partout où tu trouves
sa grandeur, tu trouves aussi son humilité " (Megillah 31a), et
parce que les humbles sont ainsi faits que plus on les loue, plus on les exalte,
et plus ils se font petits et humbles, le sage ayant si grandement loué
et exalté le roi, ce dernier atteint une humilité et une modestie
extrêmes, jusqu'à n'être plus rien.
Il ne put se retenir, rejeta le rideau de côté afin de voir le
sage et savoir qui était celui qui savait et comprenait tout cela. Le
visage du roi fut dévoilé. Le sage le vit, en fit le portrait
et le rapporta à son roi.
LA MOUCHE ET L'ARAIGNEE
Je vais vous raconter le voyage que j'ai fait.
Il était une fois un roi qui avait mené des guerres difficiles. Il les avait toutes gagnées et fait de nombreux prisonniers.
(Vous pensez peut-être que je vais tout vous raconter et que vous allez comprendre ?)
Chaque année, le jour anniversaire de sa victoire, le roi organisait un banquet et un bal. Selon le protocole, tous les ministres et tous les dignitaires y assistaient. On y jouait des comédies, on se moquait des nations, y compris des Turcs. On imitait chaque peuple, ses coutumes et ses murs, et probablement se moquait-on aussi des Juifs.
Un jour, le roi fit apporter
le livre où sont consignées les coutumes et les murs de
chaque nation. Ayant ouvert le livre, il remarqua que les acteurs avaient tout
fidèlement reproduit. Celui qui avait mis en scène la comédie
avait sûrement lu le livre.
Plus tard, alors que le livre était ouvert devant lui, le roi vit une
araignée qui avançait sur la tranche du livre. Sur les pages,
se trouvait une mouche. L'araignée se lançait sans doute à
la poursuite de la mouche. Alors que l'araignée avançait vers
la mouche, le vent se leva et fit tourner les pages du livre. L'araignée
ne put atteindre sa proie et rebroussa chemin, comme si elle abandonnait toute
poursuite. Puis les pages revinrent à leur place. Une nouvelle fois,
l'araignée voulut atteindre la mouche ; la page se souleva à nouveau,
empêchant l'araignée d'arriver à ses fins. L'araignée
rebroussa chemin encore une fois. Le même manège se répéta
plusieurs fois. Finalement l'araignée repartit à la poursuite
de la mouche. Elle s'avança et réussit à poser une patte
sur la page. Alors que l'araignée était en partie sur la page,
cette dernière se souleva, puis revint à sa place. L'araignée
se retrouva coincée entre deux pages. Elle avança encore un peu
et il ne resta presque plus rien d'elle. (Quant à la mouche, je ne vous
raconterai pas ce qui lui arriva).
Le roi avait observé
tout cela et en fut très étonné. Il comprit que ce n'était
pas un simple incident, et qu'on avait voulu lui montrer quelque chose. (Les
ministres avaient vu que le roi avait tout observé et s'était
étonné). Le roi se mit à réfléchir à
cet incident, essayant d'en trouver la signification. Il somnola devant le livre
ouvert, et il rêva :
Dans sa main, il tenait un diamant. Il le regarda et vit des gens en sortir.
Alors il jeta le diamant.
Les rois ont la coutume d'avoir leur portrait accroché au-dessus d'eux.
Et au-dessus du portrait est accrochée leur couronne. Dans son rêve,
le roi vit que les gens sortis du diamant s'étaient emparés de
son portrait et en avaient découpé la tête. Puis, ayant
saisi la couronne, ils l'avaient jetée dans la boue. Ensuite, ils se
précipitèrent sur lui pour l'assassiner. Une des pages du livre
devant lequel il dormait se souleva et le protégea. Ils ne purent arriver
à leurs fins et s'éloignèrent du roi. Alors, la page revint
à sa place. Puis les autres voulurent à nouveau l'assassiner.
La page se souleva à nouveau. Et cela se reproduisit plusieurs fois de
suite.
Le roi voulut à tout prix savoir quelle page lui avait servi de bouclier,
quelle page l'avait protégé et quelle était la nation dont
les coutumes étaient consignées sur cette page. Il était
effrayé à l'idée de regarder et s'écria : "
Au secours ! Au secours ! " Les ministres présents l'entendirent
et voulurent le réveiller. Mais on ne réveille pas un roi n'importe
comment. Ils firent beaucoup de bruit autour de lui, mais il ne les entendit
pas.
Puis, une haute montagne vint à sa rencontre et lui demanda :
- Qu'as-tu à crier ainsi ? Je dors depuis longtemps et personne avant
toi n'a encore réussi à me réveiller.
- Comment ne crierais-je pas, alors qu'ils se dressent contre moi et veulent
m'assassiner ? Seule cette page m'a protégé, lui répondit
le roi.
- Si cette page te sert de bouclier, tu n'as rien à craindre. Nombreux
sont les ennemis qui se dressent aussi contre moi, mais cette page est mon bouclier.
Viens, je vais te montrer.
Elle lui montra des myriades d'ennemis qui se tenaient autour d'elle. Ils festoyaient,
s'amusaient, faisaient de la musique et dansaient. Ils se réjouissaient
de ce qu'un des leurs avait imaginé un stratagème pour escalader
la montagne. C'est pourquoi ils se réjouissaient, festoyaient, faisaient
de la musique et dansaient. Ainsi agissait chaque compagnie. La montagne dit
au roi : " Cependant, la page où sont consignées les coutumes
et qui t'a protégé, me protège aussi ".
Au sommet de la montagne,
se dresse une tablette de bois où sont inscrites les mêmes coutumes
que celles consignées dans le livre, sur la page qui protège le
roi. Or, comme la montagne est très haute, on ne peut pas lire ce qui
est inscrit sur la tablette. Plus bas sur la montagne, il y a une tablette sur
laquelle est écrit que quiconque possède toutes ses dents peut
escalader la montagne. C'est pourquoi, Dieu Béni-Soit-Il a fait croître
une certaine herbe à l'endroit d'où l'on peut escalader la montagne.
A cause de cette herbe, celui qui parvient à cet endroit perd toutes
ses dents. Il peut bien arriver à pied, monter à un cheval ou
dans un chariot, il perd ses dents. A cet endroit s'élèvent des
amas, des collines de dents blanches.
Les gens qui étaient sortis du diamant, remirent le portrait du roi en
place, lavèrent sa couronne et la raccrochèrent à sa place.
Le roi se réveilla et regarda aussitôt la page qui avait été
son bouclier, afin de voir quelles coutumes y étaient consignées.
Il vit qu'il s'agissait des coutumes des Juifs. Il examina attentivement cette
page et comprit la vérité. Il décida de se convertir au
judaïsme. Mais comment procéder pour faire revenir le monde vers
le bien et l'amener à la vérité ?
Il décida de se mettre
à la recherche d'un sage susceptible d'interpréter son rêve
avec exactitude. Il emmena deux hommes avec lui et parcourut le monde. Il ne
voyagea pas comme un roi mais comme un simple mortel. Il se rendit de ville
en ville et demanda où il pourrait trouver un sage capable d'interpréter
un rêve avec précision. On lui dit que le sage qu'il cherchait
vivait à un certain endroit. Il s'y rendit, trouva le sage et lui raconta
toute la vérité : il était roi, avait fait la guerre, etc.
Il lui raconta toutes ses aventures et lui demanda d'interpréter son
rêve.
Le sage lui répondit : " Seul, je ne peux rien interpréter.
Cependant il existe un moment, un certain jour, durant un certain mois, où
je récolte tous les ingrédients, toutes les herbes avec lesquelles
je fais de l'encens. De ces herbes, je prépare une mixture. Quand on
fait des fumigations avec l'encens devant quelqu'un et que cette personne garde
à l'esprit ce qu'elle veut voir et savoir, alors elle sait tout ".
Le roi se dit que, ayant
déjà beaucoup attendu, il attendrait encore le mois et le jour
dont le sage lui avait parlé. Lorsque ce jour arriva, le sage fit les
préparatifs et des fumigations d'encens devant le monarque. Alors, celui-ci
commença à voir. Il vit même ce qui lui était arrivé
avant sa naissance, lorsque son âme était encore dans le monde
supérieur. Et. voici ce qu'il vit :
On promenait son âme à travers tous les mondes. Puis on invita
quiconque ayant un grief contre cette âme à se faire connaître.
Personne ne se manifesta. Finalement, quelqu'un accourut, se présenta
et cria : " Maître de l'Univers ! Ecoute ma supplique ! Si celui-ci
vient au monde, que me restera-t-il à faire ? Et pourquoi m'avoir créé
? " Celui qui avait crié ainsi était le Samech Mem en personne.
Il avait crié ainsi parce que si cette âme venait sur terre, il
n'aurait plus rien à accomplir.
On lui répondit : " Cette âme doit descendre dans le monde.
Quant à toi, tu n'as qu'à trouver une solution à ton problème
". Celui qui avait crié partit. Puis on promena encore l'âme
à travers les mondes, et on l'amena devant le Beth Din d'En-Haut, pour
prêter serment avant de descendre sur terre. Le Samech Mem n'était
pas encore arrivé. On lui envoya un messager et il arriva. Un homme très
vieux et tout courbé l'accompagnait. Le Baal Davar connaissait ce vieil
homme depuis très longtemps. Il dit en riant : " J'ai trouvé
la solution à mon problème ! Maintenant, l'âme peut descendre
dans le monde ! " On autorisa l'âme à descendre dans le monde.
Le roi vit tout ce qui lui était arrivé, du début à
la fin. Il vit comment il était devenu roi, les guerres qu'il avait menées
ainsi que les prisonniers qu'il avait faits. Parmi eux se trouvait " une
femme de belle figure " (Deut. 2I:II), qui possédait toute la grâce
du monde. Cependant, cette grâce n'émanait pas de sa personne mais
d'un diamant qu'elle portait. Ce diamant renfermait toute la grâce du
monde la transmettait à la belle captive.
Et sur la montagne, ne peuvent venir que les sages et les riches...
(Le Rebbe Rabbi Na'hman) n'est pas allé plus loin dans sa narration).
Il y aurait encore beaucoup
de choses à dire.
(Ce qui est dit à propos des captifs n'est pas aussi bien exprimé
que ce qu'il a raconté.)
Psaume de David quand il prit la fuite : " Seigneur, que mes ennemis sont nombreux ! Beaucoup se dressent contre moi... Mais toi, ô Eternel, Tu es un bouclier qui me protège. Tu es mon honneur et me fais porter la tête haute. " (Psaume n°3).
Interprète bien ce psaume et comprends le bien. Tu verras que toute l'histoire y fait allusion.
HISTOIRE D'UN RAV ET
DE SON FILS UNIQUE
Il était une fois un rav qui n'avait pas d'enfant. Il finit par avoir
un fils, qu'il éleva et maria. Ce fils unique passait son temps à
étudier dans une petite pièce, comme c'était l'usage chez
les gens riches. Il étudiait et priait continuellement. Cependant, il
sentait que quelque chose lui manquait, mais ignorait quoi. Il ne trouvait plus
aucun goût à l'étude, ni à la prière. Il en
fit part à deux jeunes gens qui lui conseillèrent d'aller chez
un certain Tsadik.
Le fils unique accomplit une Mitsvah qui le fit passer dans la catégorie
de " Petit Luminaire ".
Il se rendit auprès de son père et lui déclara ne plus
trouver aucun goût à servir Dieu (c'est-à-dire à
prier, à étudier, etc.). Il lui dit encore qu'il lui manquait
quelque chose et qu'il ne savait pas quoi. " C'est pourquoi je pars chez
le Tsadik ".
Son père lui répondit : " Comment se fait-il que tu ailles
chez lui ? Tu es plus érudit que lui et tu es de meilleure naissance.
Il n'est pas bon que tu ailles le voir. Détourne-toi de cette voie ".
Il lui cita encore d'autres arguments et réussit à l'empêcher
de se rendre chez le Tsadik.
Le fils unique se remit
à l'étude. A nouveau, il ressentit un manque. Il prit encore conseil
auprès des jeunes gens et ceux-ci lui répétèrent
de partir chez le Tsadik. Il se rendit une nouvelle fois chez son père
qui le dissuada encore. Et tout cela se reproduisit à plusieurs reprises.
Le fils unique sentait toujours qu'il lui manquait quelque chose. Il se languissait
de pouvoir corriger cette imperfection dont il ignorait la nature exacte. Il
se rendit à nouveau auprès de son père et le supplia tant
et si bien que ce dernier fut obligé de l'accompagner, car il ne voulait
pas que son fils unique voyage seul. Il lui dit : " Regarde, je vais venir
avec toi et je te démontrerai que ce Tsadik n'est rien ".
Ils attelèrent les chevaux à la voiture et se mirent en route.
Puis le rav dit à son fils : " Ecoute, je pose une condition : si
le voyage se passe bien, cela voudra dire que le ciel ne s'y oppose pas. Dans
le cas contraire, c'est que le ciel s'y oppose et nous rebrousserons chemin
". Et ils roulèrent.
En arrivant sur une passerelle, l'un des chevaux tomba, la voiture se retourna
et père et fils faillirent se noyer. Le père dit alors : "
Tu vois bien que rien ne va et que ce voyage n'est pas voulu par le ciel ".
Ils rentrèrent chez eux.
Le fils unique s'était
remis à étudier et avait encore senti qu'une chose lui manquait
mais il ne put la nommer. Il supplia encore son père lequel dut à
nouveau partir avec lui. En chemin, il posa la même condition que précédemment
: au cas où le voyage se passerait normalement, etc.
Sur la route, les deux essieux cassèrent. Le père dit à
son fils : " Tu vois bien toi-même que ce voyage n'est pas pour nous.
Est-il naturel que les deux essieux cassent ? Combien de fois avons nous roulé
avec cette voiture sans que pareille chose ne se produise ? " Pour la deuxième
fois, ils rebroussèrent chemin.
Le fils unique s'était
à nouveau remis à l'étude et ressentit le même manque.
Les jeunes gens le persuadèrent encore et encore de partir. Il se rendit
à nouveau auprès de son père et le supplia. Son père
fut une fois de plus obligé de l'accompagner. Cette fois, le fils unique
demanda à son père de ne pas poser de condition, car il était
tout naturel qu'un cheval tombe, ou que des essieux cassent, à moins
que quelque chose d'inhabituel ne se produise. Ils partirent, et à la
nuit tombée, ils arrivèrent à une auberge où ils
rencontrèrent un marchand.
Ils commencèrent à discuter avec lui, comme c'est l'habitude chez
les commerçants, mais sans lui dévoiler leur destination, qui
était l'endroit où habitait le Tsadik. En effet, le rav avait
honte de dire qu'il se rendait chez le Tsadik.
Ils parlèrent de choses diverses et furent amenés à évoquer
les Tsadikim et les endroits où on pouvait les rencontrer. Le marchand
leur dit que des Tsadikim vivaient ici et là. Puis, le rav et son fils
en vinrent à parler du Tsadik chez qui ils se rendaient. Alors, le marchand
leur dit, l'air étonné : " Celui-là ? C'est un homme
vil ! Je reviens de chez lui et j'étais présent quand il a transgressé
un commandement. "
Le père dit à son fils : " Mon enfant, tu as entendu ce qu'a
dit le marchand. Il a parlé sans malice, seul le tour pris par la conversation
lui a fait prononcer ces mots. Il revient de chez le Tsadik. "
Le rav et son fils unique rentrèrent donc chez eux.
Le fils mourut. Il vint
en rêve à son père. Ce dernier remarqua que son fils était
très en colère et lui demanda : " Pourquoi es-tu si en colère
? " Il lui répondit que s'il se rendait auprès du Tsadik
chez qui ils avaient voulu aller, celui-ci lui dirait lui-même pourquoi
il était en colère.
Le rav se réveilla et se dit que ce n'était qu'un songe. Puis
il fit ce même rêve une seconde fois et se dit que ce n'était
qu'une hallucination. Il rêva trois fois. Il se rendit alors compte que
ce n'était pas fortuit.
Il partit chez le Tsadik qu'il avait auparavant voulu rencontrer avec son fils.
En chemin, il rencontra le même marchand qu'à son premier voyage.
Le rav reconnut le marchand et lui dit :
- Tu es celui que j'ai vu à l'auberge.
- Bien sûr, tu m'as vu ! répondit l'autre. Puis il ouvrit grand
la bouche et ajouta :
- Si tu veux, je vais t'avaler !
- Que veux-tu dire ?
- Te rappelles-tu avoir voyagé avec ton fils ? La première fois,
un cheval est tom