LES CONTES DE RABBI NA'HMAN DE BRESLEV

 

Pourquoi les contes ? :

Réveiller :
Voyant que ses enseignements ne suffisaient plus comme il l'aurait fallu à ses élèves pour qu'ils se rapprochent véritablement de Dieu . Rabbi Na'hman déclara qu'il entreprenait désormais de dévoiler des contes.
"… Car les histoires racontées par le Juste Authentique réveillent de la torpeur les hommes qui sont tombés dans le sommeil, et dorment leur vie …"

Réparer :
Avant de dévoiler le premier conte Rabbi Na'hman de Breslev déclara : " Le Baal Chem Tov avait le pouvoir par une histoire de réaliser des Unifications Mystiques (Yé'houdim). Quand il voyait que les canaux spirituels supérieurs étaient détériorés et qu'il était impossible de les réparer par la prière, alors il les rectifiait et les unissait par une histoire… "

LES VERTUS DES CONTES DE RABBI NA'HMAN DE BRESLEV

Rabbi Na'hman déclara formellement que ses contes avaient la faculté, outre de réveiller l'homme de sa léthargie spirituelle, de pouvoir accorder des enfants.
… " Et nous avons entendu de sa bouche sainte dire explicitement, que chacun des mots de ses contes recèle des intentions profondes.
Et quiconque modifierait ne serait-ce qu'un mot de ce qu'il a dit lui-même, amputerait énormément le récit "…

… " Ces contes sont une innovation éminemment merveilleuse et redoutable… "
… " Ces contes contiennent des chemins et des secrets extrêmement profonds et extraordinaires… "
… " La majorité des points du livre des contes contient une morale stimulante merveilleuse et profonde…Comment ne se consacrer qu'à l'étude de la Torah et à la Prière et détourner entièrement son cœur des vanités de ce monde… "

ANALYSE GENERALE

Pourquoi des récits symboliques ? :


… " Jusqu'à Rabbi Chimon Bar Yohaï (l'auteur du Zohar) on ne parlait pas de Kabbale de façon dévoilée… Et les Sages parlaient sous forme de langage codé, de symboles, de parures dont ils revêtaient les grands secrets de la Thora… "

Les allusions cachées
… " En général après le récit d'un des contes, Rabbi Na'hman dévoilait quelques points, moins qu'une goutte de l'océan, quelque indice, quelque allusion qui indiquaient de très loin jusqu'à quelle cime ses propos atteignaient… "

Le décryptage
… " Celui dont le cœur est entier et qui domine parfaitement les écrits saints et en particulier le Zohar et les Ecrits du Ari Z'al pourra décrypter en partie, quelques-unes des allusions … à condition qu'il y consacre toute son attention et toute sa compréhension… "

Le fond de l'intention de Rabbi Na'hman
Comprendre des allusions de ses contes est possible, chacun selon son niveau mais " le fond de sa pensée est très éloigné de l'entendement humain, extrêmement profond, qui pourrait l'atteindre ?… "

Il est de tradition chez les Breslev d'admettre que quiconque lit les contes sincèrement est assuré de recevoir une certaine quantité de lumière du Tsadik. Même sans pénétrer dans les secrets ésotériques des perceptions divines du Tsadik, le simple fait de lire les contes est extrêmement salutaire et fécond.
Outre le fait qu'ils sont très agréables à lire, comme le dit Rabbi Na'hman lui-même, ils ont la vertu (comme ses autres œuvres personnelles) de pouvoir aider l'âme du lecteur par leur lecture simple, comme il en est de la lecture du Zohar et des Tikounims.
Et Rabbi Na'hman de déclarer : "Pendant le mois d'Eloul (les jours redoutables) c'est une mitsva de lire mes ouvrages du début à la fin… "
Rabbi Nathan dans la préface des contes révèle quelques clefs des secrets enfouis dans l'innocence apparente du récit. Mais dans son Likoutey Hala'hot, il s'étend davantage sur le commentaire des contes et nous livre des révélations fabuleuses et profondes riches en conseils et en encouragements pour le service divin.

Bibliothéques

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LES CONTES DE RABBI NA'HMAN DE BRESLEV

LA PRINCESSE DISPARUE
L'EMPEREUR ET LE ROI
L'INFIRME
LE ROI QUI DECRETA LA CONVERSION
LE PRINCE DE PIERRES PRECIEUSES
LE ROI HUMBLE
LA MOUCHE ET L'ARAIGNEE
HISTOIRE D'UN RAV ET DE SON FILS UNIQUE
L'HISTOIRE DE 'HACHAM ET DE TAM
LE MARCHAND ET LE PAUVRE
LE FILS DU ROI ET LE FILS DE LA SERVANTE QUI FURENT ECHANGES
LE BAAL TEFILAH
LES SEPT MENDIANTS

 

LA PRINCESSE DISPARUE

En chemin, j'ai raconté une histoire qui a provoqué chez tous ceux qui l'ont entendue une réflexion sur la Téchouvah.

Il était une fois un roi qui avait six fils et une fille. Cette fille lui était très chère, il l'aimait beaucoup et se trouvait souvent en sa compagnie. Un jour qu'ils étaient ensemble, il se mit en colère contre elle et ces mots s'échappèrent de sa bouche : " Que le 'Pas Bon' t'emporte! "
Le soir venu, elle regagna sa chambre. Au matin, on ne la trouva pas. Son père fut très triste et la chercha partout. Voyant cela, le Vice-Roi se présenta devant le roi et demanda qu'on lui donnât un serviteur et un cheval, de l'argent pour ses dépenses et il partit à la recherche de la princesse. Il la chercha pendant très longtemps et finit par la retrouver.

Voici comment :

Il partit longtemps. Il la chercha dans les déserts, les champs et les forêts. Alors qu'il traversait un désert, il remarqua un chemin sur le côté de sa route. Il se dit : " Je voyage depuis si longtemps et pourtant je ne peux la retrouver. Je vais emprunter ce chemin et j'atteindrai peut-être un endroit habité. "
Il suivit le chemin et arriva en vue d'un château. Autour du château, qui était très beau, se tenaient des soldats bien rangés. Il craignait que les soldats ne l'empêchent d'y pénétrer, mais il se risqua à essayer. Il laissa son cheval, se dirigea vers le château, et on le laissa entrer.
Il alla d'une pièce à l'autre et personne ne se mit en travers de sa route. Il arriva à un palais où trônait un roi couronné. Autour du roi se tenaient des soldats ainsi qu'un grand nombre de musiciens. Tout était magnifique. Personne ne lui posa de questions, pas même le roi. Apercevant des mets succulents, il en mangea puis partit s'allonger dans un coin pour voir ce qui allait se passer.
Il entendit le roi ordonner que la reine vint ; ce qui fut fait. Lorsque la reine arriva, des cris d'allégresse retentirent et les musiciens jouèrent et chantèrent. On lui installa un siège et on la fit asseoir à côté du roi. En la voyant, le Vice-Roi reconnut la princesse. Celle-ci promena son regard sur la salle et remarqua quelqu'un allongé dans un coin.
Elle le reconnut, se leva, se dirigea vers lui, le toucha et lui demanda :
- Me connais-tu ?
- Oui, je te connais. Tu es la princesse qui a disparu. Que fais-tu ici ?
- Je suis ici à cause des paroles qui ont échappé à mon père. Et l'endroit du " Pas Bon ", c'est ici.
Il lui dit alors que son père était très triste et l'avait cherchée durant de nombreuses années. Il lui demanda :
- Comment puis-je te faire sortir d'ici ?
- Tu ne pourras le faire que si tu choisis un endroit où rester pendant un an et où tu devras te languir à cause de moi. Quand tu auras le temps, aies de la nostalgie, espère et souhaite me sortir d'ici. Jeûne. Le dernier jour de l'année, tu jeûneras aussi et tu ne dormiras pas pendant vingt-quatre heures.
Il partit et fit ce qu'elle lui avait dit.

A la fin de l'année, le dernier jour, il jeûna et ne dormit point. Il se leva et se rendit chez la princesse pour la délivrer. Il aperçut un arbre sur lequel poussaient des pommes magnifiques. Il en eut très envie et en mangea. Dès qu'il eut mangé une pomme, il tomba et le sommeil s'empara de lui. Il dormit très longtemps ; son serviteur essaya de le réveiller, mais en vain.
Puis il s'arracha au sommeil et demanda au serviteur : " Où suis-je? " L'autre lui raconta toute l'histoire : " Tu dors depuis longtemps, depuis tant d'années. Quant à moi, j'ai vécu de fruits. "

Il eut beaucoup de peine. Il partit et trouva la princesse. Elle se plaignit beaucoup et fut très triste : " A cause d'un jour, tu as perdu, parce que tu n'as pas su te retenir et que tu as mangé la pomme. En effet, si tu étais venu ce jour-là, tu m'aurais délivrée. Il est vrai que ne pas manger est très difficile, en particulier le dernier jour, car c'est à ce moment que le Yetser Hara (le mauvais penchant) est au comble de sa force. C'est pourquoi tu dois à nouveau choisir un endroit et y rester un an. Mais le dernier jour, tu pourras manger. Cependant, tu ne dormiras point, et tu ne boiras pas de vin afin de ne pas t'endormir, car l'essentiel est le sommeil. "
Il partit et obéit à ce qu'elle avait dit.
Le dernier jour, il repartit. Il vit une source qui coulait et dont la couleur de l'eau était rouge. Il demanda à son serviteur : " As-tu vu ? C'est une source, ce devrait être de l'eau mais sa couleur est rouge et son odeur est celle du vin. " Il goûta un peu de la source. Aussitôt il tomba et s'endormit pour longtemps, soixante-dix ans.
De nombreux soldats passèrent par là avec leurs chariots ; le serviteur se cacha pour ne pas être vu. Puis vint un chariot où se tenait la princesse. Elle s'arrêta près du Vice-Roi et descendit. Elle s'assit à côté de lui, le reconnut et tenta de le réveiller, mais en vain. Elle commença à le plaindre : " Après tant d'efforts, tant de peine, après tant d'années pendant lesquelles tu as souffert et souffert pour pouvoir me délivrer, voici qu'à cause d'un jour où tu aurais pu me délivrer, tu as tout perdu. " Elle pleura abondamment et reprit : " Quel dommage pour toi et pour moi ! Je suis ici depuis si longtemps et ne puis sortir. " Puis elle prit le foulard qui recouvrait sa tête, écrivit dessus avec ses larmes et le posa à côté de lui. Elle se releva, remonta dans le chariot et s'éloigna.
Plus tard, il se réveilla et demanda à son serviteur : " Où suis-je donc? " L'autre lui raconta toute l'histoire. Tant de soldats étaient passés, il y avait eu un chariot ; elle avait pleuré sur son sort et s'était lamentée : " Quel dommage pour toi et pour moi ! "
Pendant ce temps, le Vice-Roi regardait autour de lui et aperçut le foulard. Il demanda au serviteur : " D'où vient ceci ? " L'autre répondit : " Elle a écrit dessus avec ses larmes et l'a posé ici. "
Il prit le foulard et le tint en face du soleil. Il distingua des lettres et lut ce qui était inscrit, ses pleurs et ses lamentations. Il y était écrit qu'elle n'habitait plus dans le même château et qu'il devait à présent chercher un château de perles sur une montagne d'or, " là tu me trouveras. " Laissant son serviteur, il partit seul à sa recherche.
Il marcha et la chercha de nombreuses années. Etant expert en cartes, il réfléchit au fait qu'un château de perles et une montagne d'or ne se trouvaient certainement pas dans un endroit habité. " J'irai donc chercher dans les déserts. " Et il partit à sa recherche dans les déserts durant de nombreuses années.

Un jour, il vit un homme très grand, d'une taille surhumaine, et qui portait un gros arbre. L'homme demanda :
- Qui es-tu ?
- Je suis un homme, répondit-il.
- Cela fait longtemps que je vis dans le désert et je n'y ai jamais vu d'hommes, s'étonna le géant.
Le Vice-Roi lui raconta toute son histoire et lui dit qu'il cherchait une montagne d'or et un château de perles. L'autre lui répondit que cela n'existait certainement pas et il le dissuada de chercher, ajoutant :
- On t'a sûrement raconté des sottises, car de telles choses n'existent pas.
- Cela existe, c'est sûr, cela doit se trouver quelque part, répondit le Vice-Roi en pleurant
L'homme sauvage le dissuada de chercher, disant :
- On t'a raconté des sottises !
- Cela existe sûrement quelque part, répondit le Vice-Roi.
- A mon avis, ce sont des sottises, mais puisque tu insistes, je vais t'accorder une faveur. Je règne sur les bêtes sauvages et je vais les appeler. Elles parcourent le monde entier et peut-être l'une d'elles connaît-elle la montagne et le château.
Il convoqua toutes les bêtes sauvages, grandes et petites, et les interrogea. Elles répondirent toutes qu'elles n'avaient jamais vu de telles choses. Il lui dit :
- Tu vois bien qu'on t'a raconté des bêtises. Ecoute-moi, retourne-t-en car tu ne trouveras certainement pas de telles choses qui n'existent nulle part.
Le Vice-Roi insista encore et encore :
- Cela existe certainement.
- J'ai un frère dans le désert qui règne sur tous les oiseaux. Peut-être savent-ils, étant donné qu'ils volent haut dans les airs. Peut-être ont-ils vu la montagne et le château. Va voir mon frère et dis lui que c'est moi qui t'envoie.

Il se mit en route et après de nombreuses années, il rencontra à nouveau un géant qui portait lui aussi un arbre. Le géant lui posa la même question que le premier. Il lui répondit, raconta toute son histoire et dit que c'était son frère qui l'envoyait. L'autre essaya à son tour de le dissuader de chercher, disant que de telles choses n'existaient pas. Mais le Vice-Roi l'implora :
- Cela existe sûrement.
- Je règne sur tous les oiseaux. Je vais les appeler ; peut-être savent-ils quelque chose.
Il les appela et les interrogea tous, petits et grands. Ils répondirent à l'unanimité qu'ils ne savaient rien de la montagne et du château.
- Tu vois, cela n'existe nulle part. Ecoute-moi, retourne-t-en, car cela n'existe pas.
Le Vice-Roi insista beaucoup et dit :
- Cela existe certainement quelque part !
- Plus loin dans le désert vit mon frère. Il règne sur tous les vents qui parcourent le monde. Peut-être savent-ils, lui répondit l'autre.

Il partit à sa recherche pendant de nombreuses années. A nouveau il rencontra un géant qui portait un gros arbre et l'interrogea. Il lui raconta toute l'histoire. Ce géant, lui aussi, le dissuada de chercher mais le Vice-Roi l'implora. Alors, l'autre lui dit qu'il lui accorderait une faveur. Il allait convoquer tous les vents et les interroger. Il les appela et tous les vents arrivèrent. Il les questionna tous. Aucun ne connaissait la montagne et le château. Le géant dit au Vice-Roi :
- Tu vois qu'on t'a raconté des sottises.
- Je sais que cela existe, répondit le Vice-Roi en pleurant abondamment.
Cependant, un vent venait d'arriver. Le gouverneur des vents le gronda :
- Pourquoi es-tu en retard J'avais ordonné à tous les vents de venir ! Pourquoi n'es-tu pas venu avec eux ?
- Je suis en retard parce que j'ai dû transporter une princesse vers un château de perles sur une montagne d'or, répondit le vent.
Le Vice-Roi fut très content d'avoir mérité d'entendre ce qu'il désirait entendre. Le gouverneur des vents demanda au vent :
- Qu'y a t il là-bas ?
- Des choses précieuses. Là-bas, tout est précieux, répondit-il.
Alors, le gouverneur des vents dit au Vice-Roi :
- Puisque cela fait si longtemps que tu la cherches, que tu as fait tant d'efforts et que tu auras peut-être besoin d'argent, je vais te donner un vase ; si tu y plonges la main, tu en retireras de l'argent.
Puis il donna l'ordre au vent de le conduire là-bas. Un vent de tempête se leva et emporta le Vice-Roi jusqu'à la porte où se tenaient des soldats. Ils ne voulurent pas le laisser entrer dans la ville. Il plongea la main dans le vase et en sortit de l'argent. Il soudoya les gardes et entra dans la ville. C'était une belle ville.
Il se rendit chez un homme riche et paya la pension car il devait y rester quelque temps. En effet, il lui fallait toutes les ressources de son intelligence pour délivrer la princesse.

Et le Rebbe (Rabbi Na'hman) ne nous a pas raconté comment il la délivra. A la fin, il la délivra. Amen. Sélah.

L'EMPEREUR ET LE ROI

Il était une fois un empereur qui n'avait pas d'enfant, et un roi qui, lui non plus, n'avait pas d'enfant. L'empereur décida de parcourir le monde, s'étant dit qu'il trouverait peut-être quelque conseil ou quelque remède à son problème. Quant au roi, il décida, lui aussi, de parcourir le monde.
Le roi et l'empereur se rencontrèrent dans une auberge, mais ils ne se connaissaient pas. Cependant, l'empereur reconnut le roi d'après ses manières royales. Il l'interrogea et le roi lui avoua effectivement son identité. Lui aussi avait remarqué les manières royales de son interlocuteur et l'empereur confirma son impression. Ils se racontèrent le but de leur voyage. Ils convinrent que si à leur retour leurs épouses avaient, qui une fille, qui un garçon, ils marieraient les enfants l'un à l'autre.
L'empereur rentra chez lui et eut une fille ; le roi rentra chez lui et eut un garçon. Mais l'arrangement fut oublié. L'empereur envoya sa fille étudier, et le roi envoya son fils étudier. Les deux enfants arrivèrent chez un précepteur et tombèrent amoureux l'un de l'autre. D'un commun accord, ils décidèrent de se marier. Le prince prit une bague, la passa au doigt de la princesse et ils s'unirent. Plus tard, l'empereur envoya chercher sa fille et la fit ramener chez lui. Le roi envoya chercher son fils qu'il fit ramener chez lui.
On fit un arrangement de mariage pour la fille de l'impératrice, mais celle-ci n'en voulut point, à cause de son lien avec le prince. Quant à lui, il éprouvait beaucoup de nostalgie pour elle. La princesse était toujours triste. L'empereur lui fit visiter sa cour, ses palais, lui montra sa magnificence mais la princesse demeurait toujours aussi triste. Quant au prince, il éprouvait une si profonde nostalgie pour elle qu'il finit par en tomber malade.
Lorsqu'on lui demandait : " Pourquoi es-tu malade ? " il ne voulait pas répondre. On dit à son serviteur : " Peut-être réussiras-tu à le faire parler " ? Le serviteur répondit : " Je sais ". Il avait accompagné le prince chez le précepteur et savait de quoi il souffrait. Il leur dévoila l'histoire. Le roi se souvint alors de l'arrangement qu'il avait conclu bien longtemps auparavant avec l'empereur. Il demanda par écrit à l'empereur d'organiser les préparatifs du mariage, car le pacte avait été conclu depuis longtemps. Mais l'empereur ne voulait plus de cet arrangement. Cependant, comme il ne souhaitait pas froisser le roi, il lui envoya une lettre dans laquelle il lui demandait de lui envoyer son fils, afin de voir s'il était capable de diriger les affaires d'un pays.

Le roi envoya son fils chez l'empereur qui l'installa dans une chambre. Il lui fournit des documents relatifs aux affaires de l'état afin de tester ses capacités à diriger le pays. Le prince se languissait de voir la princesse, mais il lui était impossible de la rencontrer. Un jour, tandis qu'il se promenait le long d'un mur de miroirs, il aperçut la princesse et s'évanouit. Elle se rendit auprès de lui, lui redonna courage et lui déclara qu'elle ne voulait pas d'autre parti que lui à cause du lien qui les unissait. Il lui dit alors : " Que faire ? Ton père n'est pas d'accord ". Elle lui répondit que, quoiqu'il en fût, elle resterait quand même avec lui. Et ils décidèrent de partir sur les mers. Ils achetèrent un navire et partirent loin sur les mers.
Ils voguèrent, puis voulurent accoster. Ils arrivèrent en vue d'un rivage où se dressait une forêt. Ils débarquèrent et pénétrèrent dans la forêt. La princesse enleva sa bague qu'elle donna au prince et s'étendit pour dormir. Lorsque le prince vit qu'elle allait se réveiller, il posa le bijou près d'elle. Puis ils revinrent au navire. Alors, la princesse se souvint qu'ils avaient oublié la bague dans la forêt et envoya le prince la récupérer. Il partit mais ne put retrouver l'endroit. Il avança plus loin mais ne trouva pas la bague. Il chercha d'un endroit à l'autre et finit par se perdre, sans pouvoir retourner au rivage. La princesse partit à sa recherche et se perdit. Quant au prince, il avait continué à errer et avait aperçu un chemin. Il l'emprunta et arriva dans un village. N'ayant rien à faire, il devint serviteur.
La princesse erra puis décida de s'installer au bord de la mer. Elle revint au rivage. Des arbres fruitiers y poussaient. Elle s'installa. Dans la journée, elle parcourait le rivage, espérant trouver quelqu'un. Elle vivait de fruits ; la nuit, elle grimpait dans un arbre pour se protéger des bêtes sauvages.

Il était une fois un marchand très important qui faisait du commerce dans le monde entier. Il avait un fils unique. Le marchand était déjà vieux. Un jour, son fils lui dit :
- Etant donné que tu es vieux et que je suis encore jeune, que tes gens de confiance ne font pas attention à moi, que va-t-il se passer ? Si tu meurs et que je reste seul, je ne saurai pas quoi faire. Donne-moi donc un navire et des marchandises. Je partirai sur les mers pour devenir habile au commerce.
Son père lui ayant fourni un navire et des marchandises, il visita plusieurs pays, vendit ses marchandises, en acheta d'autres et réussit. Alors qu'il était en mer, il aperçut les arbres où habitait la princesse. L'équipage pensait que l'endroit était habité et voulut y accoster. En s'approchant, ils s'aperçurent qu'il ne s'agissait que d'arbres et voulurent faire demi-tour. Mais le fils du marchand regarda dans la mer et vit un arbre au sommet duquel était assise une forme humaine. Il se dit qu'il se trompait peut-être et en parla à ses hommes. Ils regardèrent et virent aussi une forme humaine dans l'arbre. Ils décidèrent de s'approcher. Ils envoyèrent l'un d'entre eux dans une barque et gardèrent les yeux fixés sur l'eau afin que le messager puisse arriver jusqu'à l'arbre. Le messager arriva près de celui-ci et vit qu'un homme y habitait. Il en informa ses camarades. Le fils du marchand se rendit près de l'arbre et vit la princesse. Il lui dit de descendre. Elle lui répondit qu'elle ne viendrait pas à bord de son navire tant qu'il ne lui ferait pas la promesse de ne pas la toucher jusqu'à ce qu'il fût rentré chez lui et qu'ils fussent mariés. Il promit et la princesse monta à bord du navire. Le fils du marchand remarqua qu'elle était musicienne et qu'elle connaissait plusieurs langues. Il se réjouit beaucoup de l'avoir rencontrée.
Alors qu'ils approchaient de chez lui, elle lui indiqua la marche à suivre. Il devait rentrer chez lui, informer son père, sa famille et ses amis qu'une dame noble l'accompagnait, et leur dire de venir tous à sa rencontre. Alors, il saurait qui elle était. (Elle avait auparavant posé la condition suivante : il ne devait pas chercher à connaître son identité ; il la saurait après leur mariage). Il consentit à tout cela.
Elle lui dit encore :
- Tu dois aussi donner à boire à tous les matelots du navire et leur faire savoir que leur patron se marie avec une grande dame.
Il lui obéit. Il prit du meilleur vin qu'il avait à bord et en donna aux matelots, qui s'enivrèrent.
Le fils du marchand rentra chez lui pour informer son père et ses amis. Les matelots, enivrés, descendirent à terre et s'écroulèrent d'ivresse.
Pendant ce temps, la famille du marchand s'apprêtait à venir accueillir la princesse. Mais celle-ci largua les amarres, déploya les voiles et partit à bord du navire. La famille se rendit à l'endroit où le navire devait être amarré, mais ne le trouva pas. Le marchand fut très en colère contre son fils. Ce dernier s'écria : " Crois-moi, j'ai rapporté un navire et des marchandises ! " Mais sa famille ne vit rien. Il dit : " Demandez aux matelots ! " Le père partit les interroger. Ils étaient couchés à terre, ivres. Finalement, ils se relevèrent et on les interrogea. Ils ne comprenaient pas ce qui se passait. Tout ce qu'ils savaient, c'était qu'on avait rapporté un navire plein de marchandises. Mais ils ignoraient où il était. Le marchand fut très en colère et chassa son fils de chez lui, le bannit de sa vue. Le fils partit et erra. Quant à la princesse, elle était partie en mer.

Il était une fois un roi qui s'était fait construire des palais sur la mer, car il aimait l'air marin. Des navires passaient au large de ses résidences. La princesse qui parcourait les mers passa près du palais royal. Le roi regarda et vit un navire voguant sans direction et sans personne à son bord. Il pensa qu'il se trompait. Il ordonna à ses gens de regarder et ils virent la même chose que lui.
La princesse, qui s'était approchée du palais, pensa : " Qu'ai-je à faire d'un palais ? " et manœuvra pour repartir. Alors, le roi la vit et envoya ses gens pour la ramener chez lui. Puis il la fit entrer.
Le roi n'avait pas de femme car il n'arrivait pas à choisir. En effet, celle qu'il désirait ne voulait pas de lui, et inversement. Lorsque la princesse entra chez lui, elle lui demanda de jurer qu'il ne la toucherait pas avant qu'ils ne furent mariés selon la loi. Il jura. Puis elle lui dit qu'il ne devait ni ouvrir, ni toucher à son navire, lequel devait rester en mer jusqu'au mariage, afin que chacun sût qu'elle avait apporté des marchandises et ne dise pas que le roi avait pris une femme de la rue. Il le lui promit.
Le roi envoya des lettres d'invitation à son mariage dans tous les pays. Puis il fit construire des palais pour la princesse qui ordonna qu'on lui trouvât onze filles de princes en guise de suivantes. Le roi donna un ordre et on lui envoya onze filles de princes et ministres de haut rang. On leur fit bâtir onze palais privés ; la princesse avait aussi le sien. Les dames de compagnie rendaient visite à la princesse, faisaient de la musique et jouaient avec elle.
Un jour, elle leur dit qu'elle désirait partir en mer avec elles. Elle partirent sur le navire et jouèrent. La princesse ajouta qu'elle souhaitait leur offrir du vin qui se trouvait à bord et leur en donna. Elles s'enivrèrent, tombèrent et restèrent allongées. Alors, la princesse défit les amarres, déploya les voiles et le navire prit la mer.
Le roi et ses gens s'aperçurent que le navire de la princesse n'était plus là, et en furent très effrayés. (Le roi ne savait pas que la princesse s'était enfuie. Il la croyait dans son palais). Le roi dit à ses gens : " Veillez à ne pas lui annoncer la nouvelle brutalement, car cela l'attristerait beaucoup ". Il craignait que la princesse pensât qu'il eût lui-même fait partir le navire. Il donna l'ordre d'envoyer une des dames de compagnie annoncer la nouvelle à la princesse avec tact. On se rendit dans l'une des chambres et on ne trouva personne. Il en fut de même dans la suivante : personne. On ne trouva âme qui vive dans les onze chambres. Le roi et ses gens décidèrent d'attendre la nuit et d'envoyer une vieille femme annoncer la nouvelle à la princesse. On se rendit dans sa chambre où on ne trouva personne non plus. Le roi et ses gens eurent très peur.
Entre-temps, les pères des dames de compagnie avaient remarqué qu'ils ne recevaient pas de nouvelles de leurs filles. Ils envoyaient des lettres qui restaient sans réponses. Ils se rendirent chez leurs filles et ne trouvèrent aucune d'entre elles. Ils furent très en colère. Comme ils étaient ministres du royaume, ils voulurent bannir le roi. Mais ils se dirent : " En quoi le roi est-il coupable et mérite-t-il une telle punition ? Il n'est pas vraiment fautif. " On décida cependant de le faire abdiquer et de le chasser. Il fut renversé du trône et chassé. Le roi partit.

La princesse s'était donc enfuie sur son navire. Les dames de compagnie finirent par se réveiller et recommencèrent à jouer avec elle. Elles ignoraient que le navire était déjà loin de la côte. Elles dirent à la princesse : " Rentrons à la maison ! " Elle leur répondit : " Restons ici encore un peu ! "
Puis un vent de tempête se leva. Elles répétèrent : " Rentrons à la maison ! " Elle leur avoua que le navire était déjà très loin de la côte. Elles lui demandèrent : " Pourquoi as-tu fait cela ? " Elle leur répondit qu'elle avait craint que le navire ne se brisât à cause de la tempête et qu'elle avait agi ainsi pour cette raison.
La princesse et ses dames de compagnie continuèrent donc leur voyage en mer tout en jouant de la musique. Elles passèrent au large d'un palais. Les dames de compagnie dirent à 1a princesse : " Allons vers ce palais. " Elle leur répondit qu'elle ne le voulait pas car elle regrettait déjà de s'être approchée de celui du roi.
Plus tard, elles aperçurent une chose qui ressemblait à une île. Elles s'y rendirent et rencontrèrent douze voleurs qui voulurent les tuer. La princesse leur demanda : " Quel est le plus important d'entre vous ? " Ils le lui indiquèrent. Elle dit au voleur : " Que faites-vous ? " Il lui répondit qu'ils étaient voleurs. Elle dit alors : " Nous aussi nous sommes des voleurs, mais tandis que vous, vous volez grâce à votre force, nous, nous volons grâce à notre sagesse, car nous connaissons les langues et la musique. A quoi bon nous tuer ? Prenez-nous plutôt pour femmes et vous posséderez en plus de grandes richesses ". Et elle leur montra ce qu'elle avait à bord du navire lequel appartenait au fils du marchand qui possédait de nombreux biens. Les voleurs écoutèrent ses paroles. Ils lui montrèrent leurs richesses et firent visiter l'île à la princesse et à ses suivantes. Puis tous décidèrent d'un commun accord de ne pas s'épouser en même temps, mais l'un après l'autre. Chacun choisirait la dame qui lui convenait selon son rang.
La princesse leur dit qu'elle leur ferait l'honneur de leur donner du bon vin qu'elle avait à bord de son navire. Elle ajouta n'avoir jamais ouvert ce vin et qu'il était resté caché jusqu'à ce que Dieu lui envoie un compagnon selon son mérite.
Elle leur versa du vin dans douze gobelets et dit : " Que chacun boive à la santé de tous ! " Ils burent, s'enivrèrent et s'écroulèrent. Elle appela ses dames de compagnie et leur dit : " A présent, que chacune aille tuer son homme ! " Et elles les tuèrent tous.
Sur l'île, elles trouvèrent de grandes richesses telles qu'aucun roi n'en a jamais possédées. Elles décidèrent de ne prendre ni le cuivre, ni l'argent mais uniquement l'or et les pierres précieuses. Elles jetèrent par dessus bord tout ce qui n'avait pas grande valeur et chargèrent le navire d'objets rares, d'or et de pierres précieuses trouvés sur l'île. Elles décidèrent de ne plus porter de vêtements féminins, et se cousirent des habits d'homme selon la mode allemande. Puis, elles repartirent avec le navire.

Il était une fois un roi qui avait un fils unique. Il l'avait marié et lui avait donné son royaume. Un jour, le prince annonça à son père qu'il partait se promener en mer avec sa femme, car il souhaitait l'habituer à l'air marin au cas où il leur serait un jour nécessaire de s'enfuir par mer. Le prince monta à bord d'un navire avec sa femme et les grands du royaume, et ils partirent. Ils étaient joyeux et s'amusaient. Tous décidèrent d'enlever leurs vêtements si bien qu'il ne leur resta plus que leurs sous-vêtements. Puis ils essayèrent de voir qui serait capable de grimper jusqu'en haut du mât. Le prince aussi grimpa.
Entre-temps, la princesse qui était à bord de son navire aperçût celui du prince. Elle eut d'abord peur de s'approcher. Elle s'en approcha quand même un peu, et voyant qu'on s'y amusait beaucoup, elle comprit que ce n'était pas un navire pirate. Elle fit approcher son navire un peu plus et dit à son entourage : " Je suis capable de faire tomber ce chauve dans la mer " (c'est-à-dire le prince qui avait grimpé en haut du mât et qui était chauve). Les dames de compagnie lui demandèrent : " Comment est-ce possible ? Ils sont si loin de nous ! " Elle leur dit alors qu'elle possédait une lentille capable de faire brûler et grâce à laquelle elle ferait tomber le prince dans la mer. Elle décida d'attendre que le prince eût atteint le haut du mât pour le faire tomber, car tant qu'il était à mi-chemin, s'il tombait, ce serait sur le pont ; mais s'il tombait depuis la pointe, ce serait dans la mer. Elle attendit donc qu'il fût arrivé en haut, saisit la lentille et la dirigea vers le cerveau du prince jusqu'à le brûler. Le prince tomba dans la mer. Alors la panique s'empara du navire. Personne ne savait quoi faire. Comment rentrer ? Le roi mourrait de chagrin. On décida d'aller à la rencontre du navire de la princesse que l'on apercevait. Il s'y trouverait peut-être un médecin susceptible de leur donner quelque conseil. Ils s'approchèrent et dirent aux hommes présents sur le navire de la princesse de ne pas avoir peur, car ils ne leur feraient aucun mal. Ils leur demandèrent : " Peut-être avez-vous à bord un médecin qui puisse nous conseiller ? " Et ils racontèrent toute l'histoire, à savoir que le prince était tombé dans la mer. La princesse leur dit d'aller le repêcher. Ils partirent, retrouvèrent le prince et le sortirent de l'eau. La princesse prit le pouls du prince et déclara que le cerveau du prince avait été brûlé. On découpa son crâne et on constata qu'elle avait dit juste. Les gens du prince furent effrayés ; c'était en effet pour eux une grande merveille que le médecin (la princesse) eût deviné juste. Ils l'implorèrent de venir chez eux en leur compagnie. Elle serait le médecin du vieux roi qui la chérirait beaucoup. Elle refusa, disant qu'elle ne pratiquait pas la médecine, et qu'elle savait uniquement quelques petites choses. Mais les gens du prince ne voulaient pas retourner chez eux.
Les deux navires voguèrent de concert. Les grands du royaume auraient aimé que leur reine (la femme du prince) épousât le médecin car ils avaient compris que celui-ci était très savant (ils pensaient que la princesse était médecin à cause des vêtements masculins qu'elle portait). C'est pourquoi ils désiraient que la reine l'épousât et que ce dernier fût leur roi. Quant au vieux roi, le père du prince, ils le tueraient. Mais ils avaient honte de proposer à la reine d'épouser le médecin. La reine aussi souhaitait vivement l'épouser ; cependant elle craignait qu'on ne voulût pas de lui pour roi dans son pays.
On décida donc de donner un banquet, de telle sorte qu'après avoir bu, lorsque tous seraient très joyeux, on puisse en discuter. On organisa une fête pour tout le monde. Comme on donnait ce banquet en l'honneur du médecin (la princesse), il leur offrit de son vin et tous s'enivrèrent. Au beau milieu des réjouissances, les ministres du royaume s'écrièrent qu'il serait merveilleux que la reine épousât le médecin. Celui-ci s'écria aussi que ce serait en effet merveilleux, mais qu'il fallait en parler à jeun. La reine dit à son tour combien elle serait ravie de l'épouser, mais que le pays devait approuver ce projet. Le médecin répéta que ce serait fabuleux, à condition de ne pas en discuter tout en buvant. Puis, sortis de leur état d'ébriété, les ministres se souvinrent de leurs paroles et ils eurent honte d'avoir ainsi parlé devant la reine. La reine elle-même eut honte d'avoir parlé du projet devant les ministres. Mais elle se dit que eux aussi l'avaient évoqué. Alors, on se mit à discuter, puis on prit une décision. La reine se fiança au médecin (la princesse que l'on prenait pour tel) et ils rentrèrent dans leur pays.
Les habitants du pays furent très contents de les voir revenir car le prince était parti en mer depuis longtemps déjà et on ignorait où il était. Entre-temps, le vieux roi était mort. Lorsque le navire accosta, les habitants du pays virent que le prince, qui était leur roi, ne se trouvait pas à bord. Ils demandèrent : " Où est notre roi ? " Les autres leur racontèrent les faits : le prince était mort depuis longtemps et ils s'étaient choisi un nouveau monarque lequel les accompagnait. (il s'agissait du médecin, c'est-à-dire la princesse). Les habitants du pays se réjouirent beaucoup d'avoir un nouveau roi.
Celui-ci (la princesse) fit proclamer dans toutes les provinces du royaume que toute personne, étranger ou réfugié sans exception, assiste à son mariage où il recevrait de beaux cadeaux. En outre, le roi fit ériger des fontaines partout dans la ville, afin que quiconque ait soif, ne fût pas obligé d'aller ailleurs pour boire, mais trouvât une fontaine à proximité. Et le roi (la princesse) fit accrocher son portrait au-dessus de chacune d'elles et fit poster des gardiens pour les surveiller. Quiconque venait regarder attentivement son portrait et faisait la grimace, devait être arrêté et emprisonné. Les ordres du roi furent exécutés.
Ils arrivèrent tous les trois : le premier prince, époux légitime de la princesse ; le fils du marchand qui avait été exilé à cause de la princesse qui s'était échappée, et le roi, chassé à cause de la princesse qui s'était enfuie avec les onze dames de compagnie. Tous reconnurent son portrait ; ils le regardèrent attentivement, se souvinrent et devinrent très tristes. On les arrêta et les jeta en prison.

Le jour du mariage, le roi (la princesse) ordonna de faire comparaître les prisonniers devant lui. On les amena tous les trois et elle les reconnut, mais eux ne la reconnurent pas, car elle était habillée en homme. Elle prit la parole et dit : " Toi, le roi, tu as été chassé à cause des onze suivantes disparues. Prends-les et retourne dans ton royaume. Et toi le marchand, ton père t'a renvoyé de chez lui à cause du navire et des marchandises disparues. Reprends ton navire et tes marchandises. Comme ton argent a été immobilisé longtemps, ton navire contient plus de richesses à présent car elles se sont multipliées (il avait en plus le butin des voleurs). Quant à toi, prince, viens et rentrons chez nous ! "
Et ils rentrèrent chez eux. Amen et amen.

L'INFIRME

Avant de mourir, un sage convoqua ses enfants et sa famille. Sa dernière volonté était qu'ils arrosent des arbres : " Vous pouvez aussi vous occuper d'autres choses, mais veillez à toujours arroser des arbres. " Il mourut, laissant des enfants, dont un fils qui ne pouvait pas marcher. Il pouvait se tenir debout mais ne pouvait pas marcher. Ses frères lui donnaient ce qui lui était nécessaire pour vivre. Ils lui donnaient tant, qu'il lui restait toujours quelque chose et, à force d'économiser petit à petit sur ces dons, il se retrouva avec une somme rondelette.
Il prit la résolution suivante : " Pourquoi être entretenu par eux ? Mieux vaut entreprendre de faire du commerce. " Bien qu'il fut infirme, il louerait un chariot, engagerait un homme de confiance et un cocher avec qui il se rendrait à Leipzig où il pourrait faire du commerce, malgré son infirmité.
Les siens furent très contents de sa décision et dirent : " Pourquoi lui donnerions-nous un pécule ? Mieux vaut qu'il gagne lui-même sa vie. " Ils lui prêtèrent de l'argent pour son entreprise. Il loua donc un chariot, engagea un homme de confiance et un cocher, puis se mit en route.
Il arriva à une auberge et son homme de confiance lui dit : " Passons la nuit ici ! " Il refusa de lui être agréable et, après maintes discussions, ils repartirent et s'égarèrent dans une forêt. Surgirent des brigands devenus ce qu'ils étaient par la force des choses : pendant une famine, un homme entra dans la ville, proclamant que quiconque voulait manger vienne le voir. Nombreux furent ceux qui accoururent. Il renvoya ceux qui ne lui seraient d'aucune aide. Puis, il disait à l'un : " Tu peux être artisan. " A l'autre, il disait : " Tu peux travailler dans un moulin. " Il choisit les jeunes gens les plus malins, les emmena dans la forêt et les persuada de devenir brigands, car " ici passent les routes de Leipzig et de Breslau (Wroclaw), et d'autres encore. Les marchands empruntent ces routes ;nous les dépouillerons, et nous aurons ainsi de l'argent. " (C'est ainsi que le brigand qui avait fait la proclamation en ville, les persuada.)
Les brigands attaquèrent donc celui qui ne pouvait pas marcher, ainsi que ses employés, l'homme de confiance et le cocher. Ces derniers pouvaient s'enfuir et s'échappèrent. L'infirme resta seul dans le chariot. Les brigands se dirigèrent vers lui, s'emparèrent du coffre qui contenait son argent, et demandèrent à l'infirme : " Pourquoi restes-tu assis ? " Il répondit qu'il ne pouvait pas marcher. Ils lui dérobèrent son coffre et ses chevaux. Il resta dans le chariot.
L'homme de confiance et le cocher qui s'étaient enfuis se dirent que, étant donné que des nobles leur avaient remis des lettres de change, ils risquaient fort de se retrouver en prison s'ils rentraient chez eux. Mieux valait rester là où ils étaient, et louer leurs services à quelqu'un d'autre.
L'infirme était resté dans le chariot où il disposait des provisions qu'il avait emportées. Il les mangea et lorsqu'elles furent épuisées, il ne lui resta plus rien pour se nourrir. Que faire ? Il se jeta hors du chariot pour pouvoir manger de l'herbe. Il passa la nuit seul dans le pré et eut si peur, que ses forces le quittèrent au point de ne plus pouvoir se tenir debout. Il ne pouvait que ramper. Il mangea toute l'herbe qui poussait autour de lui. Tant qu'il pouvait atteindre l'herbe et manger, il mangeait. Lorsque l'herbe eut disparu alentour et que sa main ne rencontra plus rien, il rampa plus loin et mangea à nouveau. Il se nourrit ainsi d'herbe pendant un certain temps.
Une fois, il remarqua une plante dont il n'avait jamais vu la pareille. Il avait mangé des herbes tout le temps et les connaissait toutes, mais cette plante lui plut beaucoup car il n'en avait jamais vu d'identique. Il décida de l'arracher, elle et ses racines. Ce faisant, il trouva un diamant sous les racines. Celui-ci était cubique et chacune de ses facettes possédait une vertu particulière. Sur l'une des facettes, il était écrit que celui qui tiendrait cette facette serait transporté à l'endroit où le jour et la nuit se rejoignent, c'est-à-dire au point de rencontre du soleil et de la lune. En arrachant la plante et ses racines, l'infirme avait saisi la facette dont la vertu était de pouvoir le transporter là où le jour et la nuit se rejoignent. Il y fut transporté, comme il put s'en rendre compte en regardant autour de lui. Il entendit le soleil et la lune bavarder.

Le soleil se plaignait auprès de la lune de ce qu'il existât un arbre doté de nombreuses branches, de beaucoup de feuilles et de beaucoup de fruits. Chaque fruit, chaque feuille, chaque branche possédait une vertu particulière. Telle feuille était un remède pour enfanter, telle autre pour avoir de quoi vivre, telle autre encore était un remède contre certaine maladie, et telle autre guérissait d'une autre maladie. La moindre partie de l'arbre avait une vertu particulière. Celui-ci devait être arrosé. Il serait d'un grand secours s'il était arrosé. " Et moi, non seulement je ne l'arrose pas, mais je darde mes rayons sur lui et je le dessèche ! "

La lune répondit au soleil : " Tes soucis ne sont rien du tout. Je vais te faire part des miens. Je possède mille montagnes. Autour de ces mille montagnes, il y a encore mille autres montagnes. Et là se trouvent les démons qui ont des pattes de poulet. Comme ils n'ont aucune force dans leurs pattes, ils puisent la force qui se trouve dans mes pieds. Et à cause de cela, je n'ai plus de force dans les pieds. J'ai une poudre remède pour mes pieds. Le vent surgit et l'emporte. "

Le soleil dit : " Ce sont là tes soucis ? Je vais te donner un remède. Il existe une route d'où partent de nombreuses autres routes. L'une d'elles est la route des Tsadikim (Justes). Le Tsadik (Juste) qui l'emprunte voit la poussière de cette route répandue sous ses pas. A chaque pas qu'il fait, il foule cette poussière. Il y a aussi une route des hérétiques. L'hérétique qui avance sur cette route, voit la poussière qui est répandue sous ses pas, etc. Il y a la route des fous ; le fou qui l'emprunte voit la poussière qui est répandue sous ses pas, et ainsi de suite. Il y a de cette manière de nombreuses routes. Par exemple, celle où des Tsadikim prennent sur eux de nombreuses souffrances et sont conduits enchaînés par des seigneurs. Ces Tsadikim n'ont pas de forces dans les pieds. On répand la poussière de cette route sous leurs pas et leurs pieds reprennent des forces. Va donc là-bas. Il y a beaucoup de poussière et tes pieds en seront guéris. "

L'infirme avait entendu toute la conversation entre le soleil et la lune. Il examina une autre facette du diamant et y lut que quiconque se saisirait de cette facette serait transporté sur la route d'où partaient de nombreuses autres routes, celle-là même dont le soleil avait dévoilé l'existence à la lune. Il saisit la facette et se retrouva sur cette route.
Il posa les pieds sur cette route dont la poussière était un remède pour les pieds, et fut aussitôt guéri. Il marcha et ramassa de la poussière de toutes les routes. Il enferma un peu de chacune d'elles séparément dans des sachets. Il mit de la poussière de la route des Tsadikim dans un sachet et fit de même avec toutes les autres poussières. Puis il décida de retourner dans la forêt où il avait été dépouillé, en emportant les sachets. Une fois arrivé, il choisit un arbre proche du chemin emprunté par les brigands pour commettre leurs méfaits.
Il saisit de la poussière pour Tsadikim, la mélangea à de la poussière pour fous, puis répandit le mélange sur le chemin. Ensuite, il grimpa dans l'arbre et s'y installa pour voir ce qui allait se passer. Il vit arriver les voleurs envoyés par le vieux brigand dont nous avons parlé plus haut. Aussitôt sur le chemin, ils marchèrent sur la poudre qui y était répandue et ils devinrent des Tsadikim. Ils se mirent à pleurer à cause des jours et des années passés à dépouiller et à assassiner tant d'êtres humains. Cependant, comme la poussière pour Tsadikim était mélangée à de la poussière pour fous, ils devinrent des Tsadikim fous. Ils commencèrent à se quereller. L'un disait à l'autre : " C'est toi qui nous a poussés à tuer ! " L'autre répondait : " C'est toi ! " Ils continuèrent à se disputer ainsi et finirent par s'entre-tuer. Puis, le vieux envoya d'autres brigands et il se produisit la même chose qu'avec les premiers. Le manège se répéta jusqu'à ce que tous les brigands se soient entre-tués.
L'infirme, installé dans l'arbre, comprit qu'il ne restait plus qu'un seul brigand avec le vieux qui les avait persuadés de le suivre. Il descendit de son arbre, ramassa la poussière du chemin et la remplaça uniquement par de la poussière pour Tsadikim. Puis, il regrimpa dans l'arbre.
Le vieux s'étonna beaucoup qu'aucun des hommes qu'il avait envoyés ne soit revenu. Il décida d'aller voir ce qui se passait accompagné du seul homme qui lui restait. Dès qu'il eut posé le pied sur le chemin recouvert de poussière pour Tsadikim, il devint un Tsadik et se mit à pleurer sur l'épaule de son compagnon à cause des années et des jours passés à tuer et à dépouiller tant d'êtres humains. Il creusa des tombes, fit téchouvah et fut pris de remords. Voyant qu'il faisait téchouvah, l'infirme descendit de son arbre. Apercevant un homme, le brigand se lamenta à grand bruit :
- Malheur à moi ! J'ai commis tel et tel crime. Par pitié, dis-moi quelle pénitence je dois faire !
- Rends-moi le coffre que toi et tes hommes m'avez volé.
En effet, les brigands tenaient un registre de chaque vol commis, sa date et le nom de la victime.
- Je vais te le rendre immédiatement. Je te fais même cadeau de tous les trésors que nous avons volés. Dis-moi seulement quelle pénitence je dois faire.
- Voici quelle sera ta pénitence : tu devras aller en ville crier et avouer : " C'est moi qui ai fait la proclamation et j'ai commis de nombreux crimes. J'ai tué et j'ai dépouillé beaucoup d'hommes. " Voilà ta pénitence.
Le brigand donna tous les trésors à l'infirme et se rendit en ville avec lui. Il fit tout ce que l'autre lui avait ordonné. En ville, il fut jugé. Comme il avait tué un grand nombre de personnes, il fut condamné à la pendaison à titre d'exemple afin que d'autres en tirent une leçon. Quant à l'infirme, il décida d'aller jusqu'aux deux mille montagnes voir ce qui s'y passait.

Il s'arrêta à quelque distance des deux mille montagnes. Il aperçut des myriades et des myriades de familles de démons. En effet, les démons croissent et se multiplient, ont des enfants tout comme les hommes, et sont très nombreux. Il aperçut leur souverain assis sur un trône. Aucun homme " né d'une femme " (Shabbat 88b) ne s'était jamais assis sur un tel trône. L'infirme vit les démons qui se moquaient. L'un d'eux racontait comment il avait mutilé un enfant ; un autre comment il avait coupé une main ; un troisième comment il avait coupé un pied, et autres sortes de farces.
L'infirme aperçut ensuite un père et une mère en larmes. On leur demanda : " Pourquoi pleurez-vous ? " Ils répondirent qu'ils avaient un fils qui avait l'habitude de partir quelque part et de revenir au bout d'un certain temps. Mais aujourd'hui, après un grand laps de temps, il n'était toujours pas rentré. Le père et la mère furent amenés devant le roi qui ordonna d'envoyer des émissaires dans le monde entier à la recherche du fils.
En revenant de chez le roi, les parents du démon rencontrèrent quelqu'un qui était parti avec leur fils, et qui leur demanda : " Pourquoi pleurez-vous ? " Ils lui racontèrent l'histoire. Il leur répondit : " Je vais vous raconter une histoire :
Nous avions une île sur la mer, qui était notre endroit. Le roi à qui l'île appartenait arriva et voulut y construire des palais. Il avait déjà posé les fondations et votre fils me proposa d'aller lui causer du tort. Nous partîmes donc pour dépouiller le roi de sa force. Il fit alors venir des docteurs, mais ceux-ci ne réussirent pas à l'aider. Il consulta des sorciers. L'un d'eux connaissait la famille de votre fils, mais pas la mienne ; par conséquent il ne pouvait pas me faire de mal. Cependant, il connaissait la famille de mon compagnon, il s'empara de lui et le tortura. "

Le démon qui avait raconté tout cela répéta son histoire devant le roi des démons. Ce dernier déclara :
- Rendons au roi de l'île sa force.
Le démon dit alors :
- L'un d'entre nous n'avait pas de force et nous lui avons donné celle du roi de l'île.
- Reprenons-lui cette force et rendons-la au roi de l'île, ajouta le roi des démons.
On dit alors au roi des démons que le démon à qui on avait donné la force du roi de l'île était devenu un nuage. Le roi des démons donna l'ordre de convoquer ce nuage et de l'amener. On envoya un messager à la recherche du nuage.
Alors, l'infirme qui avait assisté à toute la scène, se dit : " En route ! Allons voir comment ces gens deviennent des nuages. " Il suivit le messager et arriva dans la ville où vivait le nuage. Il demanda aux habitants :
- Pourquoi y a t il un nuage au-dessus de la ville ?
- En fait, il n'y a jamais eu de nuage au-dessus de la ville. Ce n'est que depuis quelque temps qu'un tel nuage recouvre la ville, répondirent les habitants.
Le messager arriva, appela le nuage et ils repartirent ensemble. L'infirme décida de les suivre pour entendre leur conversation. Il entendit le messager demander :
- Comment se fait-il que tu sois devenu un nuage ?
L'autre lui répondit :
- Je vais te raconter une histoire :

Il était une fois, dans un pays, un sage. L'empereur du pays vivait dans une grande hérésie et y entraîna tout le pays. Le sage convoqua tous les gens de sa famille et leur dit : " Vous voyez que l'empereur est un grand hérétique et qu'il a rendu tout le pays à son image, ainsi qu'une partie de notre famille. Par conséquent, partons dans le désert afin de conserver notre foi en Dieu Béni-Soit-Il. " Tout le monde fut d'accord. Le sage prononça un nom divin qui les transporta dans un désert. Celui-ci ne plut pas au sage, alors, il prononça un autre nom divin. Ils furent transportés dans un second désert qui lui non ne convint pas au sage. Il prononça un troisième nom qui les transporta dans un autre désert lequel fut au goût du sage ; il se trouvait à proximité des deux mille montagnes. Le sage entreprit de tracer un cercle autour de lui et de sa famille, afin que nul ne pût s'approcher d'eux.
Il existe un arbre. Si cet arbre était arrosé, il ne resterait plus rien de nous autres, démons. C'est pourquoi certains d'entre nous creusent continuellement, jour et nuit près de l'arbre, afin que l'eau ne parvienne pas jusqu'à lui. "
Le messager demanda au nuage :
- Pourquoi faut-il être présent là-bas jour et nuit, et creuser ? Il serait suffisant de creuser une seule fois pour empêcher l'eau d'arriver !
- Parmi nous, il y a des Bavards, répondit le nuage. Ces Bavards vont provoquer la guerre entre un roi et un autre. Les guerres éclatent et ont pour résultat de faire trembler la terre. La terre qui est autour des tranchées s'effondre, et l'eau peut arriver jusqu'à l'arbre. C'est pourquoi il faut être présent là-bas et creuser en permanence.
Lorsque nous nous choisissons un roi, nous faisons les bouffons et nous nous réjouissons. L'un d'entre nous raconte d'un ton moqueur comment il a brutalisé un enfant et comment la mère se lamente. Un autre nous fait part de quelque farce. Il y a ainsi toutes sortes de plaisanteries. Lorsque notre roi est réjoui, il va se promener avec les princes du royaume et tente de déraciner l'arbre. En effet, si cet arbre n'existait plus, ce serait tout à notre avantage. Le roi fortifie son cœur afin de pouvoir le déraciner. Mais lorsqu'il arrive près de lui, l'arbre pousse un grand cri. Alors, l'effroi s'empare du roi et l'oblige à rebrousser chemin.
Un jour, nous eûmes un nouveau roi devant lequel nous nous conduisîmes comme des bouffons. Il en fut fort réjoui et son cœur en fut tout revigoré. Il voulut déraciner l'arbre et partit se promener avec les princes. Le cœur rempli de force, il courut afin de déraciner l'arbre. Lorsqu'il arriva à ses côtés, l'arbre fit entendre un grand cri. Le roi prit peur, recula, et entra dans une grande colère. Il regarda autour de lui et aperçut des gens installés là. (C'était le sage et sa famille.) Il envoya ses gens s'occuper d'eux. (C'est-à-dire les tuer, comme c'est l'habitude des démons). En les voyant, la famille du sage eut très peur. Alors que les démons approchaient, l'ancien (le sage) dit à sa famille : " Ne craint rien ! " Cependant, le cercle qui entourait le sage et sa famille empêcha les démons d'avancer. Le roi des démons envoya d'autres hommes, mais ces derniers non plus ne purent s'approcher. Le roi en conçut une grande colère et s'avança en personne ; en vain. Alors, il demanda au sage de le laisser entrer. Le vieillard lui répondit : " Puisque tu me supplies, je vais te laisser entrer. Mais comme il n'est pas convenable qu'un roi aille seul, je te laisserai entrer accompagné de quelqu'un d'autre. " Il créa une ouverture dans le cercle ; ils entrèrent, et le sage referma le cercle.
Le roi demanda au vieillard :
- Comment se fait-il que vous soyez installés sur mon territoire ?
- Pourquoi est-ce ton territoire ? C'est le mien !, répondit le sage.
- Tu n'as pas peur de moi ? demanda le roi.
- Non.
- Tu n'as pas peur ?
Puis le roi se mit à grandir démesurément jusqu'au ciel et voulut avaler le vieillard.
- Je n'ai toujours pas peur de toi. Mais si je le désire, alors toi tu auras peur de moi.
Et il partit réciter quelques prières.
De gros nuages se formèrent et le tonnerre retentit. La foudre tua tous les princes qui accompagnaient le roi. Le roi resta seul avec son compagnon qui étaient entré avec lui dans le cercle. Le roi supplia le vieillard de faire cesser le tonnerre ; le tonnerre cessa. Le roi dit alors au vieillard :
- Puisque tu appartiens à cette sorte d'hommes, je vais t'offrir un livre où sont répertoriées toutes les familles de démons. Il y a des Maîtres des Noms qui ne connaissent qu'une famille, et encore, ils ne savent pas tout sur elle. Mais dans le livre que je vais te donner sont répertoriées toutes les familles. Et ceci pour le bénéfice du roi. Même ceux qui naissent sont répertoriés pour lui.
Le roi envoya son compagnon chercher le livre. (Il se trouve que le sage avait eu raison de faire entrer le roi avec quelqu'un d'autre, car sinon, qui le roi aurait-il envoyé ?) L'autre rapporta le livre. Il l'ouvrit et vit qu'il renfermait la liste de myriades de leurs familles. Le roi assura au vieillard que les démons ne tueraient jamais un des siens. Puis il ordonna de faire apporter les portraits de tous les membres de la famille du vieillard. Et s'il y avait une naissance, on devait aussitôt apporter le portrait du nouveau-né, afin que personne appartenant à la famille du vieillard ne fût tué.
Plus tard, lorsque arriva la fin de ses jours en ce monde, le vieillard convoqua ses enfants et leur transmit ses dernières volontés en ces termes : " Je vous confie le livre. Vous savez que j'ai le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Cependant, je ne l'ai jamais utilisé, car j'ai confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Vous non plus, ne l'utilisez pas. Même si l'un d'entre vous peut l'utiliser avec sainteté, qu'il n'en fasse rien. Qu'il ait seulement confiance en Dieu Béni-Soit-Il. " Puis il mourut.
Le livre se transmit par héritage et arriva dans les mains du petit-fils du sage. Ce dernier avait le pouvoir de l'utiliser avec sainteté. Mais il plaça sa confiance en Dieu Béni-Soit-Il et n'utilisa pas le livre, conformément à la volonté du sage.
Les Bavards, qui existaient parmi les démons, essayèrent d'influencer le petit-fils du vieillard : " Etant donné que tes filles sont déjà grandes, et que tu n'as pas les moyens de les nourrir ni de les marier, utilise le livre ". Il ignora que les démons essayaient de l'influencer. Il pensait que c'était son cœur qui lui parlait ainsi. Il se rendit sur la tombe de son grand-père et dit : " Ta dernière volonté fut que l'on ne fît aucun usage du livre et que l'on eût seulement confiance en Dieu Béni-Soit-Il. Aujourd'hui, mon cœur me pousse à l'utiliser. " Son grand-père (qui était mort) lui répondit : " Bien que tu puisses te servir du livre avec sainteté. mieux vaut avoir confiance en Dieu Béni-Soit-Il et ne pas se servir de l'ouvrage. Dieu Béni-Soit-Il t'aidera. " Il obéit.
Un jour, le roi du pays où vivait le petit-fils du vieillard tomba malade. Il consulta des docteurs qui ne surent le guérir. A cause de la grande chaleur qui régnait dans le pays, les remèdes n'avaient aucun effet. Le roi décréta que les Juifs prient pour lui. Notre roi déclara : " Puisque le petit-fils a le pouvoir de se servir du livre avec sainteté et qu'il n'en fait rien, accordons lui quelque faveur. " Le roi m'ordonna de devenir un nuage dans le pays du roi malade, afin qu'il guérisse grâce aux médicaments qu'il avait déjà pris et à ceux qu'il prendrait encore. Quant au petit-fils du sage, il ne sut rien de tout cela. Et c'est ainsi que je suis devenu un nuage.

Tout cela fut raconté au messager par le nuage. L'infirme, qui les avait suivis, avait tout entendu.
Le nuage fut amené devant le roi qui ordonna de lui reprendre sa force et de la rendre au roi de l'île qui en avait été dépouillé pour avoir construit sur le territoire des démons. On lui rendit donc sa force. Et le fils, dont le père et la mère pleuraient sur le sort, revint. Il était tout affaibli, sans forces, car il avait été torturé. Il était très en colère à cause du sorcier qui l'avait tant fait souffrir. Il demanda à ses enfants et à sa famille de se tenir constamment à l'affût du sorcier.
Les Bavards partirent avertir le sorcier qu'on le recherchait et qu'il devait se protéger. Le sorcier inventa des stratagèmes et fit appel à d'autres sorciers connaissant de nombreuses familles de démons, afin d'être protégé. Le fils, ainsi que sa famille, furent très en colère contre les Bavards qui avaient dévoilé le secret au sorcier.

Un jour, des membres de la famille du fils et des Bavards prirent ensemble leur tour de garde auprès du roi. La famille du fils calomnia les Bavards. Le roi fit tuer ces derniers. Ceux qui restaient furent très en colère et provoquèrent une guerre entre tous les rois. La famine, la maladie. la désolation et les épidémies s'abattirent sur les démons. De grandes guerres éclatèrent entre tous les souverains. La terre trembla, s'effondra et l'arbre fut entièrement arrosé. Il ne resta plus rien des démons, comme s'ils n'avaient jamais existé. Amen.

Heureux l'homme qui ne suit point les conseils des méchants, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne prend point place dans la société des railleurs (....) Il sera comme un arbre planté auprès des cours d'eaux (...) (Téhilim Psaumes n°1). Toute cette histoire fait allusion à ce Psaume. Celui qui a des yeux verra et celui qui a un cœur comprendra ce qui se passe dans le monde.

LE ROI QUI DECRETA LA CONVERSION

Il était une fois un roi qui décréta dans son pays que tout le monde se convertît sous peine de déportation. Celui qui voulait rester dans le pays devait se convertir, sinon il était expulsé. Certains se défirent de leurs biens et de leurs richesses, et, pauvres, ils quittèrent le pays afin de conserver leur foi et de rester Juifs. D'autres aimaient leurs richesses et restèrent. Ils devinrent des Marranes. Ils suivaient en cachette les usages des Juifs mais n'avaient pas le droit de se conduire comme des Juifs en public.
Puis, le roi mourut. Son fils accéda au trône et entreprit de mener le pays d'une main de fer. Il conquit de nombreux pays. C'était un sage. Comme il était très strict à l'égard des princes du royaume, ceux-ci se conjurèrent et décidèrent de l'assassiner, lui et tous ses enfants. Parmi les princes se trouvait un Marrane. Il se dit : " Pourquoi suis-je un Marrane ? Parce que j'aimais mes biens et mes richesses. Si on tue le roi, le pays restera sans souverain et les gens se dévoreront vivants, car un pays ne peut rester sans roi. " II décida de tout raconter au roi, à l'insu des princes. Il se rendit devant lui et lui annonça qu'on complotait contre lui.
Le roi tenta de savoir si tout cela était vrai et découvrit qu'il en était bien ainsi. Il fit poster des sentinelles et lorsque les conjurés l'attaquèrent, ils furent tous capturés. On les jugea et les condamna tous.
Puis le roi dit au prince qui était un Marrane :
- Quel honneur vais-je t'accorder pour avoir sauvé ma vie et celle de mes enfants ? Vais-je faire de toi un seigneur ? Tu en es déjà un. Te donnerai-je de l'argent ? Tu en possèdes déjà. Dis-moi ce que tu désires et je te l'accorderai.
- Feras-tu ce que je dirai ?
- Oui, tu peux en être sûr, je ferai ce que tu veux.
- Prête-moi serment sur ta couronne et sur ton royaume.
Le roi prêta serment. Alors, le Marrane déclara :
- Voici ce que je désire : je veux pouvoir être Juif ouvertement. Je veux pouvoir mettre le talith et les Téfilin librement.
Le roi en fut très troublé, car aucun Juif n'était toléré dans son royaume. Cependant, il n'avait pas le choix à cause du serment selon lequel il ferait tout ce que l'autre désirait.
Le lendemain matin, le Marrane mit talith et Téfilin en public.

Plus tard, lorsque le roi mourut, son fils lui succéda. Il gouvernait le pays avec bonté car il avait vu que l'on avait voulu tuer son père. Il conquit de nombreux pays et c'était un sage. Un jour, il convoqua tous les astrologues afin qu'ils lui disent ce qui provoquerait l'extinction de sa dynastie, et afin qu'il puisse s'en protéger. Les astrologues lui dirent que sa dynastie ne s'éteindrait pas, à condition qu'il prît garde au bœuf et à l'agneau.
On consigna cela dans le Livre des Chroniques. Ensuite, le roi enjoignit à ses enfants de mener le pays avec bonté, en suivant son exemple. Puis il mourut.

Son fils lui succéda et dirigea le pays d'une main de fer comme l'avait fait son grand-père. Il conquit de nombreux pays. Il imagina un stratagème et fit appliquer la résolution suivante : on ne devait trouver dans le pays ni bœuf ni agneau, afin que sa dynastie ne disparût pas. Et il se dit qu'à présent il ne craignait plus rien. Il continua à diriger le pays avec force, et comme il était très rusé, il conçut un plan pour s'emparer du monde sans faire la guerre.

Il y a sept régions dans le monde, car le monde est divisé en sept parties. Et il y a sept planètes, c'est-à-dire sept étoiles qui correspondent aux sept jours de la semaine. Chaque planète illumine l'une des sept parties du monde. Il y a aussi sept sortes de métaux (l'or, l'argent, le cuivre, l'étain, etc.). Chacune des sept planètes brille sur un métal particulier.
Le roi prit les sept métaux et ordonna que lui soient apportés tous les portraits en or de tous les rois. Ces portraits étaient accrochés dans les palais des rois.
Avec tout cela, il fabriqua un homme : sa tête était en or, son tronc en argent, et ses autres membres étaient faits avec les autres différents métaux. L'homme était constitué de l'ensemble des sept métaux.
Le roi fit installer cet homme au sommet d'une haute montagne. Les sept planètes l'illuminaient. Si quelqu'un cherchait un conseil pour mener ses affaires à bien ou pour toute autre raison, et ne savait que faire, il n'avait qu'à se mettre contre le membre fait du métal correspondant à la région du monde dont il venait. Il devait garder présent à l'esprit ce qui le préoccupait ; et il savait ainsi s'il devait ou non faire ce dont il avait besoin. Si la réponse était affirmative, le membre s'allumait et brillait ; si elle était négative, le membre restait terne.
Tout cela avait été réalisé par le roi qui conquit ainsi le monde entier et amassa beaucoup d'argent.
Cependant, l'homme qu'il avait fabriqué à partir des sept métaux n'avait de pouvoirs qu'à une seule condition : le roi devait rabaisser les puissants et élever les humbles.
Le roi convoqua tous ses généraux et ministres, tous ceux qui avaient charges et privilèges. Tous obéirent. Il les disgracia et leur retira tous leurs droits. Il fit de même avec ceux qui avaient mérité leur rang au service de son grand-père. Parmi eux se trouvait le Marrane. Le roi lui demanda : " Quel est ton privilège ?" Il répondit : " Mon seul privilège est de pouvoir être Juif ouvertement grâce au service que j'ai rendu à ton grand-père ". Le roi le lui retira et le prince redevint un Marrane.

Il arriva qu'une nuit le roi rêva dans son sommeil. Il vit un ciel clair et les douze constellations. (Les étoiles sont réparties en douze ensembles correspondant aux douze mois de l'année. Une constellation ressemble à un agneau, c'est le mois de Nissan. La constellation correspondant à Iyar est appelée bœuf ; chaque mois a ainsi sa constellation). Parmi les constellations, le roi vit celle du bœuf et de l'agneau se moquer de lui. Il se réveilla en colère et eut très peur. Il fit apporter le Livre des Chroniques où tout est consigné. Il lut ce qui y était écrit : sa dynastie disparaîtrait à cause d'un bœuf et d'un agneau. Il fut terrifié et raconta tout à la reine. La reine et ses enfants furent saisis d'épouvante. Le cœur du roi battait très fort. Il convoqua tous les interprètes de songes. Chacun donna son interprétation, mais aucune ne retint son attention et il eut très peur.
Alors, un sage se présenta devant lui et lui dit qu'il tenait une tradition de son père d'après laquelle le soleil avait trois cent soixante cinq trajectoires. D'autre part, il existait un endroit illuminé par les trois cent soixante cinq trajectoires du soleil. A cet endroit poussait un sceptre de fer. L'homme qui avait peur, n'avait qu'à s'approcher de ce sceptre pour être délivré de ses craintes.
Voilà ce que le sage raconta au roi. Ce dernier fut ravi et se mit en route vers cet endroit, accompagné de sa femme, de ses enfants et des gens qui étaient de son sang, ainsi que du sage.

Au milieu du chemin se tient l'ange tutélaire de la colère ; en effet, à cause de la colère, un ange destructeur et corrupteur est créé. Il règne sur toutes les forces destructrices. C'est à cet ange qu'il faut demander sa route car il existe un chemin qui convient aux hommes, un autre chemin couvert de chaux, un autre plein de fossés, et un dernier chemin enflammé ; le feu dévore quiconque s'approche dans un rayon de quatre milles.
Le roi et sa suite demandèrent à l'ange quel chemin prendre. Il leur indiqua le chemin de feu. Ils s'avancèrent. Le sage regardait continuellement devant lui pour apercevoir le feu. En effet, il tenait de son père une tradition selon laquelle le feu se trouvait à cet endroit. Il finit par l'apercevoir et vit que des rois et des Juifs avec Talith et Téfilin y pénétraient. Le sage dit au roi : " Je tiens de mon père une tradition selon laquelle on est consumé à une distance de quatre milles du feu. C'est pourquoi je n'irai pas plus avant. Si tu le désires, avance ". Le roi pensa qu'ayant vu des rois pénétrer dans le feu, il pouvait en faire autant. Le sage s'écria à nouveau : " Je tiens une tradition de mon père et je n'irai pas plus loin ! Toi vas-y, si tu veux ". Le roi et les siens entrèrent dans le feu ; il s'empara d'eux et ils périrent, consumés.
Lorsque le sage revint chez lui, les ministres s'étonnèrent que le roi et les siens eussent péri. Le roi s'était pourtant gardé d'un bœuf et d'un agneau; comment se faisait-il que sa souche ait péri avec lui ?
Alors, le Marrane parla : " C'est grâce à moi que le roi a péri. Les astrologues ont vu que le roi et sa dynastie disparaîtraient à cause d'un bœuf et d'un agneau, mais ils n'ont pas compris ce qu'ils ont vu. En effet, avec la peau du bœuf on fait les Téfilin, et avec la toison d'un agneau on fabrique les Tsitsit du talith. C'est à cause d'eux que le roi et les siens sont morts. Ainsi, les rois ont pu pénétrer dans le feu sans être consumés grâce aux Juifs portant librement talith et Téfilin dans leurs pays,. Par contre, le roi qui n'a pas autorisé les Juifs portant talith et Téfilin à résider dans son pays, a péri à cause de cela même avec les siens. C'est de lui que les constellations du bœuf et de l'agneau se sont moquées. Les astrologues ont vu que la dynastie du roi disparaîtrait à cause d'un bœuf et d'un agneau mais ils n'ont pas compris le sens de leur vision. Ainsi, le roi a péri avec les siens, Amen, et ' Ainsi périront tous tes ennemis, Seigneur ' (Juges 5:31) ".

Téhilim Psaume n°2 : " Pourquoi se démènent les peuples ? Tu les briseras avec un sceptre de fer " : c'est le spectre de fer ; " Brisons leurs liens, rejetons loin de nous leurs chaînes " : ce sont les Tsitsit et les Téfilin. Toute l'histoire fait allusion à ce Psaume. Heureux celui qui connaîtra un peu ce qu'il y a dans ces histoires, qui renferment de grands secrets de la Torah.


LE PRINCE DE PIERRES PRECIEUSES

Il était une fois un roi qui n'avait pas d'enfant. Il consulta plusieurs docteurs, car il ne voulait pas que son royaume tombe entre des mains étrangères. Mais les docteurs ne lui furent d'aucun secours. Alors il décréta que les Juifs prient pour lui, afin qu'il ait des enfants.
Les Juifs cherchèrent un Tsadik (un Juste) susceptible de prier et de faire en sorte que le roi ait une descendance. Ils cherchèrent et trouvèrent un Tsadik caché. Ils lui demandèrent de prier pour que le roi procrée. Le Tsadik leur répondit qu'il ne savait pas. Les Juifs en informèrent le roi. Ce dernier convoqua alors le Tsadik lequel fut amené devant le roi. Celui-ci commença par lui parler gentiment et lui dit : " Tu sais que les Juifs sont en mon pouvoir. Je peux faire d'eux ce que bon me semble. Par conséquent, je te demande de prier pour que j'aie des enfants ". Le Tsadik lui assura qu'il aurait un enfant cette année-là, et rentra chez lui.
La reine mit au monde une fille d'une grande beauté. A l'âge de quatre ans, elle connaissait toutes les sciences, savait parler toutes les langues et était musicienne. Les rois de tous les pays venaient la voir, ce qui réjouissait fort le roi.

Quelque temps plus tard, le roi désira un fils, car il ne voulait pas que son royaume revînt à un étranger. Il décréta encore une fois que les Juifs prient pour qu'il en fut ainsi. Les Juifs partirent à la recherche du premier Tsadik, mais ne le trouvèrent pas car il était mort. Ils cherchèrent encore et trouvèrent un autre Tsadik caché. Ils lui demandèrent de faire en sorte que le roi ait un fils. Il leur répondit qu'il ne pouvait pas. Les Juifs en informèrent le roi. Alors celui-ci dit au Tsadik :
- Tu sais que les Juifs sont en mon pouvoir,. et il lui tint le même discours qu'au premier Tsadik.
- Feras-tu ce que je t'ordonnerai ?, demanda le sage (le Tsadik).
- Oui.
- J'ai besoin que tu fasses apporter toutes sortes de pierres précieuses, car chaque pierre a une vertu particulière.
(Les rois possèdent un livre où sont répertoriées toutes les pierres précieuses).
- Je dépenserais la moitié de mon royaume pour avoir un fils, répondit le roi.
Puis il fit apporter toutes sortes de pierres précieuses. Le sage les prit et les réduisit en poudre. Ensuite, ayant pris un gobelet rempli de vin, il mélangea la poudre de pierres au vin. Enfin, il fit boire au roi la moitié du gobelet et l'autre moitié à la reine. Le sage déclara au couple royal que grâce aux pierres précieuses il leur naîtrait un fils qui posséderait toutes les vertus des pierres précieuses. Puis il rentra chez lui.

La reine donna le jour à un fils et le roi en fut très content. Mais le fils n'était pas fait de pierres précieuses. A quatre ans, il affichait une très grande beauté et était versé dans toutes les sciences. Il connaissait toutes les langues et des rois venaient le voir. La princesse s'aperçut que son importance diminuait aux yeux des autres et conçut de la jalousie à l'égard du prince. Sa seule et unique consolation était que, contrairement à ce que le Tsadik avait déclaré, le fils n'était pas de pierres précieuses.

Un jour le prince se fit une entaille au doigt en coupant du bois. La princesse accourut pour le panser et vit une pierre précieuse dans le doigt du prince. Elle fut très jalouse et se fit passer pour malade. De nombreux docteurs vinrent la voir, mais furent incapables de la guérir. On fit alors venir des sorciers. Elle dévoila la vérité à l'un d'entre eux : elle avait fait semblant d'être malade à cause de son frère. Puis elle demanda au sorcier s'il était possible d'ensorceler un homme de telle sorte qu'il eût la lèpre. L'autre répondit que oui. Elle dit alors : " Mais peut-être pourra-t-il trouver un sorcier pour annuler le charme et guérir, non ? " Le sorcier répondit alors que si on jetait le charme dans l'eau, il ne pouvait pas être annulé. Elle suivit ses directives et se débarrassa du charme. Le prince devint lépreux. La lèpre recouvrait son nez, son visage et le reste de son corps. Le roi consulta des docteurs et des sorciers. Ils furent tous impuissants. Alors, le roi ordonna aux Juifs de prier. Ceux-ci cherchèrent le Tsadik qui avait prié pour que le roi ait un fils et l'amenèrent devant le roi.
Le Tsadik avait l'habitude de prier continuellement Dieu Béni-Soit-Il car il avait dit au roi que son fils serait entièrement de pierres précieuses, et cela ne s'était pas réalisé. C'est pourquoi le Tsadik se plaignait auprès du Tout-Puissant et disait : " Ai-je fait tout cela pour ma gloire ? Non, c'est pour Ta seule gloire que je l'ai fait. Et aujourd'hui, ce que j'ai décrété ne s'est pas réalisé. "
Le Tsadik se rendit donc auprès du roi. Il pria pour la guérison du prince, mais en vain. Puis on lui fit savoir qu'il s'agissait d'un cas de sorcellerie. Or, le Tsadik était plus puissant que tous les sorciers. Arrivé près du roi, il lui dit que le cas relevait de sorcellerie ; et puisque que le charme avait été jeté dans l'eau, le seul moyen de guérir le prince était de jeter le sorcier responsable dans l'eau. Le roi dit : " Je livre entre tes mains tous les sorciers. Qu'on les jette à l'eau, pourvu que mon fils guérisse ! "
La princesse prit peur et se précipita vers l'eau pour en retirer le charme ; elle savait en effet où il se trouvait. Et elle tomba dans l'eau. Une clameur s'éleva : " La princesse est tombée à l'eau ! " Alors, le Tsadik arriva et déclara que le prince allait guérir.
Et le prince guérit effectivement. La lèpre sécha et tomba. Il pela et devint tout de pierres précieuses et en eut toutes les vertus. (Sa peau étant tombée, on put voir qu'il était entièrement fait de pierres précieuses comme le Tsadik l'avait prédit).

LE ROI HUMBLE

Il était une fois un roi qui avait un sage à son service. Un jour, il convoqua le sage et lui dit : " Il y a un roi qui se dit très vaillant, homme de vérité et d'humilité (c'est-à-dire un homme honnête et qui ne se vante pas). C'est un héros, je le sais car son pays est entouré par la mer. Sur cette mer voguent des navires armés de canons. Des armées sont embarquées sur ces navires et ne laissent approcher personne. A quelque distance de la mer, sur le continent, on trouve un grand marécage qui entoure le pays et qui est traversé par un petit sentier ou un homme seulement peut passer. Là aussi se trouvent des canons. Si quelqu'un vient déclarer la guerre, on fait tirer le canon. Personne ne peut s'approcher. Mais je ne sais pas pourquoi il se dit homme de vérité et d'humilité. Je veux que tu m'apportes le portrait de ce roi. "
Le roi possédait en effet les portraits de tous les autres rois. Par contre, aucun roi ne possédait le portrait du roi humble, car ce dernier restait caché aux regards des hommes. Il trônait derrière un rideau, loin de ses sujets.

Le sage se mit en route pour le pays de ce roi et se dit qu'il lui fallait connaître la nature du pays, savoir comment il était gouverné. Comment connaître la nature du pays ? Grâce aux plaisanteries propres à celui-ci. Lorsqu'on veut connaître une chose, il faut connaître les plaisanteries qui s'y rapportent. En effet, il y a de nombreuses sortes de plaisanteries. Par exemple, lorsqu'on blesse quelqu'un par des paroles et lorsque l'autre s'en rend compte, on lui dit alors : " Je plaisantais ". Ainsi qu'il est dit dans le verset (Prov. 26:18-19) : "Comme un dément qui lance des brandons et des flèches meurtrières, ainsi fait l'homme qui dupe son prochain et dit : " Mais je plaisantais. " Par ailleurs, quelqu'un qui veut vraiment plaisanter, peut néanmoins blesser l'autre par ses paroles. Il existe ainsi plusieurs sortes de plaisanteries.

Parmi tous les pays, il s'en trouve un qui inclut tous les autres pays, qui est le principe et la règle qui les régissent tous. Dans ce pays, se trouve une ville qui inclut toutes les villes du pays. Dans cette ville, on trouve une maison qui inclut toutes les maisons de la ville. Dans cette maison-là vit un homme qui inclut toute la maison ... Et il y a un individu qui fait toutes les farces et toutes les plaisanteries du pays tout entier.
Le sage se rendit dans le pays du roi humble en emportant beaucoup d'argent. Il remarqua qu'on s'y raillait et qu'on y plaisantait beaucoup. Grâce aux plaisanteries, il comprit que le pays était plein de mensonge. Il vit comment on se moquait des gens, comment on les dupait en affaires. Lorsqu'un procès avait lieu au tribunal, tout n'était que mensonge et corruption. Il se rendit auprès d'une cour supérieure, et là aussi, le mensonge triomphait. On s'y raillait et on y plaisantait à propos de tout. Le sage comprit par ces plaisanteries que le pays était rempli de mensonge et de roublardise, et que la vérité y était absente.
Il entreprit de faire du commerce dans ce pays, et se laissa duper. Il fit un procès devant les tribunaux où régnaient le mensonge et la corruption. Aujourd'hui il graissait des pattes ; le lendemain, on ne le connaissait pas. Il se présenta devant une instance supérieure ; là aussi on ne trouvait que le mensonge. Il finit par se rendre au sénat ; là encore, mensonge et corruption. Alors, il se présenta devant le roi
Lorsqu'il fut en sa présence, il lui parla ainsi : " Sur qui règnes-tu ? Tes sujets, petits et grands, ne connaissent que le mensonge. La vérité est absente ". Il lui décrit la duplicité qui se manifestait dans le pays.
L'entendant parler, le roi humble inclina son oreille vers le rideau, afin de saisir ces paroles. Il s'étonna beaucoup qu'il se trouvât un homme qui connût toute la duplicité du pays. Quant aux ministres, ils entendirent le discours du sage et en conçurent une grande colère. Le sage, lui, continuait à dénoncer l'hypocrisie du pays.
Il disait : " On pourrait même dire que le roi est à l'image de ses sujets et que lui aussi aime le mensonge. Cependant, c'est tout le contraire ; on voit bien que tu es un homme droit, et que tu es loin de tes sujets, car tu ne peux tolérer le mensonge qui règne chez toi ".
Et il se mit à chanter les louanges du roi. Etant donné que le roi était très humble et que " partout où tu trouves sa grandeur, tu trouves aussi son humilité " (Megillah 31a), et parce que les humbles sont ainsi faits que plus on les loue, plus on les exalte, et plus ils se font petits et humbles, le sage ayant si grandement loué et exalté le roi, ce dernier atteint une humilité et une modestie extrêmes, jusqu'à n'être plus rien.
Il ne put se retenir, rejeta le rideau de côté afin de voir le sage et savoir qui était celui qui savait et comprenait tout cela. Le visage du roi fut dévoilé. Le sage le vit, en fit le portrait et le rapporta à son roi.


LA MOUCHE ET L'ARAIGNEE

Je vais vous raconter le voyage que j'ai fait.

Il était une fois un roi qui avait mené des guerres difficiles. Il les avait toutes gagnées et fait de nombreux prisonniers.

(Vous pensez peut-être que je vais tout vous raconter et que vous allez comprendre ?)

Chaque année, le jour anniversaire de sa victoire, le roi organisait un banquet et un bal. Selon le protocole, tous les ministres et tous les dignitaires y assistaient. On y jouait des comédies, on se moquait des nations, y compris des Turcs. On imitait chaque peuple, ses coutumes et ses mœurs, et probablement se moquait-on aussi des Juifs.

Un jour, le roi fit apporter le livre où sont consignées les coutumes et les mœurs de chaque nation. Ayant ouvert le livre, il remarqua que les acteurs avaient tout fidèlement reproduit. Celui qui avait mis en scène la comédie avait sûrement lu le livre.
Plus tard, alors que le livre était ouvert devant lui, le roi vit une araignée qui avançait sur la tranche du livre. Sur les pages, se trouvait une mouche. L'araignée se lançait sans doute à la poursuite de la mouche. Alors que l'araignée avançait vers la mouche, le vent se leva et fit tourner les pages du livre. L'araignée ne put atteindre sa proie et rebroussa chemin, comme si elle abandonnait toute poursuite. Puis les pages revinrent à leur place. Une nouvelle fois, l'araignée voulut atteindre la mouche ; la page se souleva à nouveau, empêchant l'araignée d'arriver à ses fins. L'araignée rebroussa chemin encore une fois. Le même manège se répéta plusieurs fois. Finalement l'araignée repartit à la poursuite de la mouche. Elle s'avança et réussit à poser une patte sur la page. Alors que l'araignée était en partie sur la page, cette dernière se souleva, puis revint à sa place. L'araignée se retrouva coincée entre deux pages. Elle avança encore un peu et il ne resta presque plus rien d'elle. (Quant à la mouche, je ne vous raconterai pas ce qui lui arriva).

Le roi avait observé tout cela et en fut très étonné. Il comprit que ce n'était pas un simple incident, et qu'on avait voulu lui montrer quelque chose. (Les ministres avaient vu que le roi avait tout observé et s'était étonné). Le roi se mit à réfléchir à cet incident, essayant d'en trouver la signification. Il somnola devant le livre ouvert, et il rêva :
Dans sa main, il tenait un diamant. Il le regarda et vit des gens en sortir. Alors il jeta le diamant.
Les rois ont la coutume d'avoir leur portrait accroché au-dessus d'eux. Et au-dessus du portrait est accrochée leur couronne. Dans son rêve, le roi vit que les gens sortis du diamant s'étaient emparés de son portrait et en avaient découpé la tête. Puis, ayant saisi la couronne, ils l'avaient jetée dans la boue. Ensuite, ils se précipitèrent sur lui pour l'assassiner. Une des pages du livre devant lequel il dormait se souleva et le protégea. Ils ne purent arriver à leurs fins et s'éloignèrent du roi. Alors, la page revint à sa place. Puis les autres voulurent à nouveau l'assassiner. La page se souleva à nouveau. Et cela se reproduisit plusieurs fois de suite.
Le roi voulut à tout prix savoir quelle page lui avait servi de bouclier, quelle page l'avait protégé et quelle était la nation dont les coutumes étaient consignées sur cette page. Il était effrayé à l'idée de regarder et s'écria : " Au secours ! Au secours ! " Les ministres présents l'entendirent et voulurent le réveiller. Mais on ne réveille pas un roi n'importe comment. Ils firent beaucoup de bruit autour de lui, mais il ne les entendit pas.
Puis, une haute montagne vint à sa rencontre et lui demanda :
- Qu'as-tu à crier ainsi ? Je dors depuis longtemps et personne avant toi n'a encore réussi à me réveiller.
- Comment ne crierais-je pas, alors qu'ils se dressent contre moi et veulent m'assassiner ? Seule cette page m'a protégé, lui répondit le roi.
- Si cette page te sert de bouclier, tu n'as rien à craindre. Nombreux sont les ennemis qui se dressent aussi contre moi, mais cette page est mon bouclier. Viens, je vais te montrer.
Elle lui montra des myriades d'ennemis qui se tenaient autour d'elle. Ils festoyaient, s'amusaient, faisaient de la musique et dansaient. Ils se réjouissaient de ce qu'un des leurs avait imaginé un stratagème pour escalader la montagne. C'est pourquoi ils se réjouissaient, festoyaient, faisaient de la musique et dansaient. Ainsi agissait chaque compagnie. La montagne dit au roi : " Cependant, la page où sont consignées les coutumes et qui t'a protégé, me protège aussi ".

Au sommet de la montagne, se dresse une tablette de bois où sont inscrites les mêmes coutumes que celles consignées dans le livre, sur la page qui protège le roi. Or, comme la montagne est très haute, on ne peut pas lire ce qui est inscrit sur la tablette. Plus bas sur la montagne, il y a une tablette sur laquelle est écrit que quiconque possède toutes ses dents peut escalader la montagne. C'est pourquoi, Dieu Béni-Soit-Il a fait croître une certaine herbe à l'endroit d'où l'on peut escalader la montagne. A cause de cette herbe, celui qui parvient à cet endroit perd toutes ses dents. Il peut bien arriver à pied, monter à un cheval ou dans un chariot, il perd ses dents. A cet endroit s'élèvent des amas, des collines de dents blanches.
Les gens qui étaient sortis du diamant, remirent le portrait du roi en place, lavèrent sa couronne et la raccrochèrent à sa place.
Le roi se réveilla et regarda aussitôt la page qui avait été son bouclier, afin de voir quelles coutumes y étaient consignées. Il vit qu'il s'agissait des coutumes des Juifs. Il examina attentivement cette page et comprit la vérité. Il décida de se convertir au judaïsme. Mais comment procéder pour faire revenir le monde vers le bien et l'amener à la vérité ?

Il décida de se mettre à la recherche d'un sage susceptible d'interpréter son rêve avec exactitude. Il emmena deux hommes avec lui et parcourut le monde. Il ne voyagea pas comme un roi mais comme un simple mortel. Il se rendit de ville en ville et demanda où il pourrait trouver un sage capable d'interpréter un rêve avec précision. On lui dit que le sage qu'il cherchait vivait à un certain endroit. Il s'y rendit, trouva le sage et lui raconta toute la vérité : il était roi, avait fait la guerre, etc. Il lui raconta toutes ses aventures et lui demanda d'interpréter son rêve.
Le sage lui répondit : " Seul, je ne peux rien interpréter. Cependant il existe un moment, un certain jour, durant un certain mois, où je récolte tous les ingrédients, toutes les herbes avec lesquelles je fais de l'encens. De ces herbes, je prépare une mixture. Quand on fait des fumigations avec l'encens devant quelqu'un et que cette personne garde à l'esprit ce qu'elle veut voir et savoir, alors elle sait tout ".

Le roi se dit que, ayant déjà beaucoup attendu, il attendrait encore le mois et le jour dont le sage lui avait parlé. Lorsque ce jour arriva, le sage fit les préparatifs et des fumigations d'encens devant le monarque. Alors, celui-ci commença à voir. Il vit même ce qui lui était arrivé avant sa naissance, lorsque son âme était encore dans le monde supérieur. Et. voici ce qu'il vit :
On promenait son âme à travers tous les mondes. Puis on invita quiconque ayant un grief contre cette âme à se faire connaître. Personne ne se manifesta. Finalement, quelqu'un accourut, se présenta et cria : " Maître de l'Univers ! Ecoute ma supplique ! Si celui-ci vient au monde, que me restera-t-il à faire ? Et pourquoi m'avoir créé ? " Celui qui avait crié ainsi était le Samech Mem en personne. Il avait crié ainsi parce que si cette âme venait sur terre, il n'aurait plus rien à accomplir.
On lui répondit : " Cette âme doit descendre dans le monde. Quant à toi, tu n'as qu'à trouver une solution à ton problème ". Celui qui avait crié partit. Puis on promena encore l'âme à travers les mondes, et on l'amena devant le Beth Din d'En-Haut, pour prêter serment avant de descendre sur terre. Le Samech Mem n'était pas encore arrivé. On lui envoya un messager et il arriva. Un homme très vieux et tout courbé l'accompagnait. Le Baal Davar connaissait ce vieil homme depuis très longtemps. Il dit en riant : " J'ai trouvé la solution à mon problème ! Maintenant, l'âme peut descendre dans le monde ! " On autorisa l'âme à descendre dans le monde.
Le roi vit tout ce qui lui était arrivé, du début à la fin. Il vit comment il était devenu roi, les guerres qu'il avait menées ainsi que les prisonniers qu'il avait faits. Parmi eux se trouvait " une femme de belle figure " (Deut. 2I:II), qui possédait toute la grâce du monde. Cependant, cette grâce n'émanait pas de sa personne mais d'un diamant qu'elle portait. Ce diamant renfermait toute la grâce du monde la transmettait à la belle captive.
Et sur la montagne, ne peuvent venir que les sages et les riches...

(Le Rebbe Rabbi Na'hman) n'est pas allé plus loin dans sa narration).

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire.
(Ce qui est dit à propos des captifs n'est pas aussi bien exprimé que ce qu'il a raconté.)

Psaume de David quand il prit la fuite : " Seigneur, que mes ennemis sont nombreux ! Beaucoup se dressent contre moi... Mais toi, ô Eternel, Tu es un bouclier qui me protège. Tu es mon honneur et me fais porter la tête haute. " (Psaume n°3).

Interprète bien ce psaume et comprends le bien. Tu verras que toute l'histoire y fait allusion.


HISTOIRE D'UN RAV ET DE SON FILS UNIQUE

Il était une fois un rav qui n'avait pas d'enfant. Il finit par avoir un fils, qu'il éleva et maria. Ce fils unique passait son temps à étudier dans une petite pièce, comme c'était l'usage chez les gens riches. Il étudiait et priait continuellement. Cependant, il sentait que quelque chose lui manquait, mais ignorait quoi. Il ne trouvait plus aucun goût à l'étude, ni à la prière. Il en fit part à deux jeunes gens qui lui conseillèrent d'aller chez un certain Tsadik.
Le fils unique accomplit une Mitsvah qui le fit passer dans la catégorie de " Petit Luminaire ".
Il se rendit auprès de son père et lui déclara ne plus trouver aucun goût à servir Dieu (c'est-à-dire à prier, à étudier, etc.). Il lui dit encore qu'il lui manquait quelque chose et qu'il ne savait pas quoi. " C'est pourquoi je pars chez le Tsadik ".
Son père lui répondit : " Comment se fait-il que tu ailles chez lui ? Tu es plus érudit que lui et tu es de meilleure naissance. Il n'est pas bon que tu ailles le voir. Détourne-toi de cette voie ". Il lui cita encore d'autres arguments et réussit à l'empêcher de se rendre chez le Tsadik.

Le fils unique se remit à l'étude. A nouveau, il ressentit un manque. Il prit encore conseil auprès des jeunes gens et ceux-ci lui répétèrent de partir chez le Tsadik. Il se rendit une nouvelle fois chez son père qui le dissuada encore. Et tout cela se reproduisit à plusieurs reprises.
Le fils unique sentait toujours qu'il lui manquait quelque chose. Il se languissait de pouvoir corriger cette imperfection dont il ignorait la nature exacte. Il se rendit à nouveau auprès de son père et le supplia tant et si bien que ce dernier fut obligé de l'accompagner, car il ne voulait pas que son fils unique voyage seul. Il lui dit : " Regarde, je vais venir avec toi et je te démontrerai que ce Tsadik n'est rien ".
Ils attelèrent les chevaux à la voiture et se mirent en route. Puis le rav dit à son fils : " Ecoute, je pose une condition : si le voyage se passe bien, cela voudra dire que le ciel ne s'y oppose pas. Dans le cas contraire, c'est que le ciel s'y oppose et nous rebrousserons chemin ". Et ils roulèrent.
En arrivant sur une passerelle, l'un des chevaux tomba, la voiture se retourna et père et fils faillirent se noyer. Le père dit alors : " Tu vois bien que rien ne va et que ce voyage n'est pas voulu par le ciel ". Ils rentrèrent chez eux.

Le fils unique s'était remis à étudier et avait encore senti qu'une chose lui manquait mais il ne put la nommer. Il supplia encore son père lequel dut à nouveau partir avec lui. En chemin, il posa la même condition que précédemment : au cas où le voyage se passerait normalement, etc.
Sur la route, les deux essieux cassèrent. Le père dit à son fils : " Tu vois bien toi-même que ce voyage n'est pas pour nous. Est-il naturel que les deux essieux cassent ? Combien de fois avons nous roulé avec cette voiture sans que pareille chose ne se produise ? " Pour la deuxième fois, ils rebroussèrent chemin.

Le fils unique s'était à nouveau remis à l'étude et ressentit le même manque. Les jeunes gens le persuadèrent encore et encore de partir. Il se rendit à nouveau auprès de son père et le supplia. Son père fut une fois de plus obligé de l'accompagner. Cette fois, le fils unique demanda à son père de ne pas poser de condition, car il était tout naturel qu'un cheval tombe, ou que des essieux cassent, à moins que quelque chose d'inhabituel ne se produise. Ils partirent, et à la nuit tombée, ils arrivèrent à une auberge où ils rencontrèrent un marchand.
Ils commencèrent à discuter avec lui, comme c'est l'habitude chez les commerçants, mais sans lui dévoiler leur destination, qui était l'endroit où habitait le Tsadik. En effet, le rav avait honte de dire qu'il se rendait chez le Tsadik.
Ils parlèrent de choses diverses et furent amenés à évoquer les Tsadikim et les endroits où on pouvait les rencontrer. Le marchand leur dit que des Tsadikim vivaient ici et là. Puis, le rav et son fils en vinrent à parler du Tsadik chez qui ils se rendaient. Alors, le marchand leur dit, l'air étonné : " Celui-là ? C'est un homme vil ! Je reviens de chez lui et j'étais présent quand il a transgressé un commandement. "
Le père dit à son fils : " Mon enfant, tu as entendu ce qu'a dit le marchand. Il a parlé sans malice, seul le tour pris par la conversation lui a fait prononcer ces mots. Il revient de chez le Tsadik. "
Le rav et son fils unique rentrèrent donc chez eux.

Le fils mourut. Il vint en rêve à son père. Ce dernier remarqua que son fils était très en colère et lui demanda : " Pourquoi es-tu si en colère ? " Il lui répondit que s'il se rendait auprès du Tsadik chez qui ils avaient voulu aller, celui-ci lui dirait lui-même pourquoi il était en colère.
Le rav se réveilla et se dit que ce n'était qu'un songe. Puis il fit ce même rêve une seconde fois et se dit que ce n'était qu'une hallucination. Il rêva trois fois. Il se rendit alors compte que ce n'était pas fortuit.
Il partit chez le Tsadik qu'il avait auparavant voulu rencontrer avec son fils. En chemin, il rencontra le même marchand qu'à son premier voyage. Le rav reconnut le marchand et lui dit :
- Tu es celui que j'ai vu à l'auberge.
- Bien sûr, tu m'as vu ! répondit l'autre. Puis il ouvrit grand la bouche et ajouta :
- Si tu veux, je vais t'avaler !
- Que veux-tu dire ?
- Te rappelles-tu avoir voyagé avec ton fils ? La première fois, un cheval est tom